
Espagne
À l'heure de la création de l'Espace européen de la recherche, l'Espagne adapte sa politique scientifique. Après une longue période d'isolement, la recherche espagnole avait pris un certain retard sur ses voisines. Mais depuis les années 90, les gouvernements mènent une politique volontariste. Résultat : le nombre de chercheurs, tout comme celui des publications scientifiques, a doublé entre 1990 et 2000. L'Espagne possède maintenant des compétences dans tous les domaines. Elle est même en très bonne place pour certaines spécialités comme les matériaux composites ou l'électronique de défense. Le pays compte également sur ses nombreux partenaires étrangers. Parmi ceux-ci, la France est l'un des plus anciens et des plus actifs, notamment à travers les accords du CNRS avec le Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC), son homologue espagnol. Une coopération qui se traduit par des échanges de chercheurs dans le cadre de projets communs sur appels d'offres (25 projets retenus en 2003 pour un budget total de 68 000 euros). À cela, s'ajoutent les échanges dans le cadre du PAI1 Picasso (en 2003, 31 projets retenus sur 45 impliquaient le CNRS). La forte régionalisation de l'Espagne ajoute des interlocuteurs au CNRS : les communautés autonomes. Deux accords de coopération ont été signés en 2000 et 2001 avec celles de Madrid et de Barcelone pour l'échange de chercheurs.
EN Chiffres è 76 670 chercheurs en 2000 contre 40 642 en 1990. è Le nombre de publications scientifiques en 2000 était de 24 073 soit 2,44 % des publications mondiales. è 4,5 chercheurs pour 1 000 habitants en 2001 (la moyenne de l'UE est de 5,8). è Avec 0,94 % du PIB attribué à la recherche en 2000, l'Espagne était parmi les 3 derniers pays de l'Europe des quinze. En 2002, ce pourcentage est passé à 1,03 %. L'objectif est d'atteindre 1,4 % en 2007. è 4e pays de l'UE pour la croissance des dépenses R&D avec 6,7 % entre 1995 et 2000.
Mais la coopération entre le CNRS et l'Espagne passe aussi par un nombre imposant d'actions structurantes. Au total, 12 Pics , 4 LEA et 7 GDRE2 sont financés ou déjà en activité en 2004. Les thèmes abordés y sont très divers. Ainsi les LEA concernent aussi bien l'économie et la sociologie que la biologie moléculaire. Mais le nouveau gouvernement espagnol a par ailleurs décidé de prendre le taureau par les cornes en associant efforts budgétaires et restructuration du système de recherche. Le but à atteindre : améliorer les liens entre recherche publique et secteur privé. En 2001, en effet, sur 600 brevets déposés par le CSIC, seuls 60 ont été exploités par des entreprises. Cet objectif sera d'ailleurs un des principaux défis du « plan national de recherche, développement, innovation 2004-2007 » mis en place sous le précédent gouvernement. Entièrement piloté par le ministère de l'Éducation et de la Science, il prévoit une augmentation annuelle de 25 % pour le budget alloué à la recherche publique et le recrutement de 6 500 chercheurs sur 4 ans. En effet, avec 1,03 % du PIB en 2002, l'intensité de la recherche espagnole était bien en dessous de la moyenne européenne. Ces financements serviront également à ancrer la recherche espagnole sur la scène internationale. En plus d'une participation accrue à de grands projets internationaux tels l'ESA et l'ESO3, de nouveaux accords de coopération scientifique seront signés. L'Hexagone pourra donc compter sur ce partenaire désireux de construire l'Europe de la recherche. Le CSIC et CNRS viennent d'ailleurs de renouveler leur accord de coopération en mai dernier, signe de la confiance mutuelle entre les deux pays.
Géraud Chabriat
Partenaires :
Le principal partenaire du CNRS en Espagne est le CSIC. Avec 2 416 chercheurs, 4 050 doctorants et un budget de 628 millions d'euros, il est le plus important organisme public de recherche espagnol. Il comprend 123 instituts dont 38 associés aux universités. Contrairement à la France, où l'Inserm et l'Inra sont des entités distinctes du CNRS, le CSIC prend aussi en charge les domaines biomédicaux et agronomiques. Ses recherches ont un caractère essentiellement fondamental puisque la recherche appliquée ne représente qu'un tiers de son activité. Des organismes publics plus spécialisés comme le CIEMAT (énergie) collaborent également avec le CNRS. La coopération du CNRS avec les communautés autonomes pourrait s'accroître puisque ces dernières se verront confier la tutelle de 7 centres de recherche dans le cadre du plan 2004-2007.
1. Financé par les ministères français des Affaires étrangères et de la Recherche et par le ministère espagnol de l'Éducation et de la Science.
2. Projet international de coopération scientifique, Laboratoires européens associés et Groupement de recherche européen.
3. ESA : European Space Agency et ESO : European Southern Observatory.
Anne d'Albis, Relations internationales CNRS, annedalbis@cnrs-dir.fr