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Institut de recherche

L'analyse fait son transfert

En 2007, près de Lyon, naîtra l'Institut des Sciences analytiques (ISA). Sa mission ? Développer des méthodes d'analyses dans les domaines de la sécurité alimentaire, de la pollution, de la recherche de médicaments, etc.

Entretien avec Pierre Toulhoat, chef de projet de l'ISA.

JdC : Le CNRS participe à la création de l'Institut des Sciences analytiques1. Quel est l'intérêt de regrouper les forces vives du domaine de l'analyse ?

Pierre Toulhoat : Cette discipline vit actuellement la même révolution que les nanotechnologies. Et bientôt, les microsystèmes analytiques nous permettront d'identifier des traces extrêmement fines dans des matériaux toujours plus complexes, le tout pour un coût moindre. Avec une demande sociale croissante, les objectifs sont nombreux et importants : traçabilité des OGM, détection d'insecticides ou d'engrais dans l'alimentation, dépistage des produits dopants, élaboration des nouvelles générations de médicaments, et bien d'autres. La France a donc besoin d'un grand centre scientifique, référence en la matière et visible à l'échelle internationale.

 

JdC : C'est ce que vous voulez réaliser avec l'ISA…

P.T. : Exactement. Pour ce faire, l'Institut va regrouper des équipes déjà existantes, prêtes à s'associer et à coordonner leurs actions : le Service central d'analyse du CNRS, le Laboratoire de Sciences analytiques2 de l'université Claude Bernard de Lyon ainsi qu'un Laboratoire d'Analyse des eaux du Cemagref vont ainsi intégrer les locaux de l'ISA3. Ces mouvements se dérouleront en deux étapes, la première début 2007, la seconde avant fin 2008. Au final, l'ISA accueillera cent cinquante personnes, dont environ 60 % de chercheurs et personnel ITA CNRS.

 

JdC : Comment s'organiseront les activités de l'Institut ?

P.T. : Nous avons défini trois axes transversaux. Le premier correspond à la mise au point d'outils d'analyse des traces de polluants dans tous les milieux, dont les effluents industriels, urbains et agricoles. Le second concerne la bio-analytique qui se consacre aux milieux biologiques et à ses applications dans la lutte contre le cancer ou l'agro-alimentaire. Enfin, nous travaillerons à l'élaboration ou l'amélioration des méthodes impliquées dans des processus industriels, comme l'analyse qualitative du pétrole, en partenariat avec les grands groupes du secteur. Chacun de ces axes sera abordé sous quatre angles : recherche, expertise, services aux laboratoires et aux entreprises et formation ouverte à quiconque aurait recours aux sciences analytiques.

 

JdC : En plus des moyens humains, comment le CNRS participe-t-il à ce projet d'envergure ?

P.T. : Le CNRS assure tout d'abord la maîtrise d'ouvrage de l'opération financée à parts égales par l'état et les collectivités locales (Région Rhône-Alpes). Il participe aux frais de construction des bâtiments et financera une large part des équipements de l'Institut estimés à trois millions d'euros. D'un point de vue plus scientifique, de nombreuses collaborations sont prévues avec des laboratoires CNRS de la France entière, comme ceux de Pau, Strasbourg ou Paris. L'interdisciplinarité nous aidera aussi à aborder les problèmes dans leur globalité : au travers d'un projet régional, l'ISA participe notamment à une vaste réflexion sur le développement durable où la sociologie joue un rôle important. Là, la diversité des recherches menées au CNRS nous sera précieuse.

 

JdC : Lyon va donc devenir la capitale européenne des sciences analytiques…

P.T. : En plus de l'ISA, le domaine scientifique de la Doua va accueillir le Centre européen de RMN4 à très hauts champs qui disposera du premier spectromètre à 1 GHz. Ses applications directes ? La détection précoce de certains cancers, par exemple. Nous voulons travailler ensemble, comme avec tous les laboratoires concernés. Grâce à ce réseau efficace et polyvalent, nous serons en mesure de proposer une offre nationale importante et compétitive à l'échelon international. Ne nous en cachons pas : l'ISA est voué à devenir le plus grand centre européen de chimie analytique. »

 

Propos recueillis par Matthieu Ravaud

Notes :

1. Les « Sciences analytiques » regroupent les sciences physiques, les sciences de la vie et surtout la chimie analytique, dans le but de développer des méthodes d'analyse de produits en très faible concentration dans divers matériaux ou milieux.
2. Il s'agit d'une unité mixte de recherche CNRS / UCB Lyon 1.
3. Les partenaires du projet sont, outre le CNRS, l'Université Claude Bernard Lyon 1, le Cemagref Lyon et l'ESCPE (école supérieure chimie physique électronique) de Lyon.
4. Résonance magnétique nucléaire.

Contact

Pierre Toulhoat, Projet ISA, Villeurbanne, pierre.toulhoat@univ-lyon1.fr


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