
Egyptologie
Tous les quatre ans, les égyptologues de tous les continents se rejoignent pour parler de leur science qui convie à la fois l'archéologie, l'histoire, la philologie, l'épigraphie, la papyrologie, l'architecture, la géographie et bien d'autres disciplines. Cette année, c'est à Grenoble, dans la région iséroise où vécut l'illustre égyptologue Champollion que se tiendra, du 6 au 12 septembre, ce IXe Congrès d'égyptologie1. Partenaire de la manifestation, le CNRS sera également au rendez-vous sur le plan scientifique, par le biais de ses chercheurs. À l'heure de ce « bilan » international, François Favory, le directeur scientifique adjoint du département des sciences de l'homme et de la société de l'organisme, rappelle l'importance des recherches menées : « avec une dizaine d'équipes acquises à la pluridisciplinarité, le CNRS a une vraie carte à jouer dans le paysage scientifique français. D'autant que l'égyptologie est sous-représentée à l'université qui concentre l'essentiel de ses forces dans quelques départements à Lille III, Lyon II, Montpellier III, Paris IV Sorbonne, Strasbourg ainsi qu'à l'Institut français d'archéologie orientale, l'École française du Caire (dépend du Ministère de l'Éducation nationale). Et qu'elle existe de façon parcellaire dans d'autres instituts ».

© Y.rantier/CNRS Photothèque
Le Ramesseum, aussi nommé "temple de millions d'années, est l'objet d'un partenariat exemplaire entre le CNRS et son hôte égyptien
Présents sur les sites emblématiques de l'Égypte antique comme Alexandrie, Saqqara, Thèbes ouKarnak, les scientifiques du Centre français apportent leur expertise sur des cibles extrêmement précises. Ceci, sur des chantiers financés par la Commission des fouilles du Ministère des Affaires étrangères français et le Conseil suprême des Antiquités d'Égypte2. C'est ainsi que la Mission archéologique française du Bubasteion, relevant du ministère des Affaires étrangères, dirigée par l'égyptologue Alain Zivie3, a découvert à Saqqara, un lion inhumé tardivement dans la tombe de Maïa (nourrice de Toutankhamon). Une découverte donnant lieu à une publication dans le magazine Nature du 15 janvier 20044.
Science du passé tournée vers l'avenir, l'égyptologie fait depuis quelques temps appel aux nouvelles technologies. « D'ailleurs, un des points du Congrès porte sur la prospective géophysique qui permet de découvrir les couches inférieures de sites archéologiques », déclare Jean-Claude Goyon, professeur émérite à l'université de Lyon II, organisateur du Congrès. Une démarche vers le high tech à laquelle le CNRS adhère en géophysique, bien sûr, et dans d'autres domaines : Robert Vergnieux5 et son équipe, par exemple, ont su restituer l'espace tridimensionnel de sites, en temps réel, en fonction de l'utilisateur. Pour cela, le CNRS implique aussi plusieurs de ses départements scientifiques tel celui des Sciences chimiques ou des Sciences et technologies de l'information et de la communication. Si les recherches engagées sont sur la bonne voie, « notre objectif est de continuer à développer celles-ci selon un partenariat équitable avec les pays qui nous accueillent. Comme c'est le cas avec l'Égypte où, par exemple, Christian Leblanc6, directeur de recherche au CNRS qui travaille sur le Ramesseum de Ramsès II7, associe pleinement les Égyptiens à ses travaux », conclut François Favory.
Stéphanie Bia
Questions à Jean-Claude Goyon, professeur émérite à l'Université de Lyon II,
organisateur du Congrès d'égyptologie 2004, à Grenoble.
Quel est l'objectif de ce congrès ?
- Tout d'abord, permettre des échanges entre scientifiques qui n'ont pas l'habitude de se côtoyer. Une chance pour les jeunes chercheurs ou les thésards qui pourront découvrir les méthodes de travail des grands égyptologues. Pour certains, le congrès est le lieu qu'ils choisissent pour dévoiler leurs derniers résultats de recherche. Chaque congrès impose aussi le bilan général des avancées en égyptologie des quatre dernières années et fixe de nouvelles perspectives pour les quatre suivantes. Actuellement, la tendance va au sauvetage de sites archéologiques. Et à défaut de pouvoir les sauver, il faut s'empresser de les connaître.
Outre les colloques, quelles manifestations sont prévues?
- Grâce au Conseil général de l'Isère et au Conseil suprême des Antiquités d'Égypte, de splendides statues de la Cachette du temple de Karnak – dont vingt-deux inédites – découvertes en 1904 par Georges Legrain sont exposées depuis le 1er septembre dans le cadre du Palais delphinal de Grenoble. Une raison pour revenir cent ans après sur l'histoire de Legrain que content Gérard Réveillac et Michel Azim dans leur ouvrage Karnak dans l'objectif de Legrain.
(Voir Rubrique Zoom « Le Colosse de Karnak »).
1. Organisé grâce au financement du Conseil général de l'Isère et sous son couvert.
2. Dont le Docteur Zahi Awass est le secrétaire général.
3. Directeur de recherche au CNRS au Centre Louis Gernet.
4.Consulter le site web
5. Institut de recherche sur l'Antiquité et le Moyen-Âge (IRAM).
6. Chargé de mission au Conseil suprême des Antiquités d'Égypte.
7. voir Journal du CNRS n°164-165
Pour en savoir plus sur le congrès et l'exposition :
Consulter le site web