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Médecin anthropologue

Alain Epelboin

Décrypteur de maux

« Ma mission : observer ces hommes et femmes, pour décrypter, à travers leurs rites, la manière dont ils vivent la douleur ou la guérison. »

Alain Elpelboin

© DR

Alain Elpelboin, à Mbebess, Dakar


Une profusion de grigris et d'amulettes, des vêtements qui portent des inscriptions coraniques, des tissus et bijoux rapportés d'Afrique : le continent noir semble avoir pris d'assaut quelques mètres carrés des locaux austères du Muséum d'Histoire naturelle. Chaleureux et bariolé, ce bout du laboratoire « Éco-anthropologie et ethnobiologie » est le fief d'Alain Epelboin, médecin, et aussi ethnologue, grand jeune homme quinquagénaire, allure de motard, regard pétillant et cheveux au vent. Régulièrement, ce spécialiste à la « double casquette » part retrouver, ici ou ailleurs, ceux qui sont devenus, au fil des années, ses amis et presque parents : les malades, les ramasseurs d'ordures des décharges de Dakar, les habitants les plus pauvres, les familles des îlots insalubres parisiens, les enfants, etc. Les plus vulnérables, en somme, qui sont aussi les plus exposés aux maux de notre temps : fièvre hémorragique due au virus Ébola, sida, choléra, ou tout simplement pauvreté. Sa mission est de conseiller ou soigner parfois, mais surtout d'accompagner, observer et de comprendre, partager le gîte, le couvert, les nuits de ces hommes et femmes, pour décrypter, à travers leurs rites, la manière dont ils vivent la douleur, la mort ou la guérison. « L'ethnologue est un schizophrène professionnel : il doit sans cesse changer de point de vue, faire abstraction de ses propres acquis et préjugés, pour offrir un esprit vierge à l'autre… jusqu'à s'observer lui-même à travers d'autres regards » explique le chercheur calmement. Ainsi devenu citoyen du monde, il tisse un fil d'Ariane à travers continents et océans, pour que soignants et patients parlent le même langage. Un atout essentiel qui n'a pas échappé aux experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), responsables des programmes internationaux. C'est ainsi qu'Alain Epelboin a participé, en février et juin 2003, aux missions de l'OMS, au Congo, pour lutter contre la fièvre hémorragique due au virus Ébola. L'épidémie se propage essentiellement par contact avec la viande des gorilles et des chimpanzés infectés, dont la consommation bien qu'interdite, reste une tradition. Alors les mesures de sécurité sanitaire se heurtent souvent à la réaction des populations. Rien de surprenant pour l'ethnologue : « Il faut savoir que la quête, le partage et la préparation de cette viande sont étroitement liés à la vie sociale ». Connaître les rituels pratiqués peut aussi aider à tirer au clair certaines énigmes : par exemple, pourquoi seuls quelques-uns des consommateurs développent rapidement la maladie… « Il s'agit des dépeceurs et des femmes chargées de préparer la viande, qui sont les plus exposés ». Et lorsque survient un décès, les règles d'hygiène – strict isolement des corps, par exemple – s'opposent aux rites mortuaires ancestraux. Comment les faire respecter ? D'abord en décodant les réticences, et puis en expliquant inlassablement. Parfois, la parole ne suffit pas. L'ethnologue a réalisé un film pédagogique présenté avec succès à travers les régions infectées. Une approche précieuse de celui que son ami, l'anthropologue Jean-Louis Durand, nomme affectueusement un « hurluberlu transcatégoriel ».

 

Azar Khalatbari

 

Pour en savoir plus

- video.rap.prd.fr

- www.pasteur.fr/socpatex

 

 Affiche atelier Ebola

 

Contact

Alain Epelboin, MNHN, Paris, epelboin@mnhn.fr
www.ecoanthropologie.cnrs.fr


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