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Le colosse de Karnak

Il y a cent ans, l'archéologue Georges Legrain découvrait de merveilleux trésors dans la Cour de la Cachette du temple de Karnak. Retour sur un homme d'exception à travers un ouvrage, Karnak dans l'objectif de Georges Legrain (CNRS Éditions) savamment illustré à partir de ses clichés.

G.Legrain et H.Wefels

© Cliché anonyme/CFEETK

Georges Legrain et l'architecte allemand, Henri Wefels, lors du classement des blocs du temple édifié sous Amenhotep 1er (détail)


L'ombre d'un homme plane sur Karnak, vaste sanctuaire de l'Égypte pharaonique. Celle de Georges Legrain, archéologue. Derrière les colonnes de pierre griffées de hiéroglyphes, derrière les statues de divinités, à chaque détour de cet ensemble de temples vieux de quatre millénaires, on ressent encore la présence de celui qui a ressuscité ces trésors de Haute-Égypte entre 1895 et 1917. Aujourd'hui, Legrain le visionnaire, celui qui a élargi le champ de l'archéologie à la toute jeune photographie, est à l'honneur. Ses clichés, dignes des professionnels de l'époque, ainsi que ceux qu'il avait réunis – provenant de photographes orientalistes –, sont rassemblés dans l'impressionnant livre Karnak dans l'objectif de Georges Legrain1. Fruit du travail de Michel Azim et de Gérard Réveillac2, cet ouvrage de photographies et de commentaires inédits constitue, pour les égyptologues du XXIe siècle, la mémoire de la maison d'Amon et l'héritage de l'œuvre de Legrain.

 

 

karnak vue panoramique

© Cliché Legrain/CFEETK

Vue panoramique, depuis le nord-ouest, de la grande cour du temple d'Amon-Rê (vers 1902)


 

C'est entre 1991 et 1994, alors qu'il était responsable du service photographique du CFEETK3, que l'idée d'élaborer un livre, à partir des clichés de Legrain, a germé dans l'esprit de Gérard Réveillac. Celui-ci avait compris l'importance de ces centaines de photos conservées au Cepam4, les traces écrites de Legrain relatant ses travaux à Karnak ayant pour la plupart disparu à sa mort en 1917. Avec le soutien du CNRS, il a alors débuté une enquête minutieuse : attribution des photos, datation, identification des pièces… Un projet qui n'aurait pu se faire sans Michel Azim, architecte-archéologue au Cepam, devenu très rapidement co-auteur. Ce dernier, qui avait aussi exercé son métier durant près de onze ans au CFEETK, a permis d'identifier d'autres fonds comme le fonds Pillet5 et celui conservé par le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. Michel Azim n'a cessé de puiser dans sa base de données dédiée à l'archéologie de Karnak afin de faire coïncider commentaires et photos et d'effectuer un classement chronologique et topographique exact des chantiers de Legrain. Il a également enrichi l'ouvrage avec des informations inconnues jusqu'alors, provenant de la correspondance adressée, de 1892 à 1915, par Legrain à Maspero, son mentor6, conservée à l'Institut de France. De son côté Gérard Réveillac a pu retrouver des tirages de Legrain archivés à la Fondation égyptologique Reine Élisabeth de Bruxelles.

 

 

Après dix ans de recherches, les deux passionnés ont compilé près de 1 200 clichés. La restitution historique en images des grandes opérations de Legrain dans les ruines de Karnak prend alors forme : déblaiement de l'allée des sphinx, restauration des colonnes de la salle hypostyle surtout après l'effondrement de onze d'entre elles en 1899, découverte de la Cachette, ce lieu insoupçonné auparavant, duquel ont été extraits 750 statues de pierre, 18 000 bronzes et la bague de Néfertiti…

Karnak bijoux gravés

© Cliché Legrain/CFEETK

Bijoux gravés sur calcaire. Dernier témoignage de cet ensemble aujourd'hui disparu


« Legrain a photographié tous les jours ses travaux en cours, réalisant des petits reportages très innovants pour l'époque qui rendent compte du mouvement des chantiers et des techniques employées », s'exclame Gérard Réveillac. Un homme effectivement étonnant que Georges Legrain, qui, seul, dirigeait 700 ouvriers mais prenait aussi le temps de photographier les travaux. Grâce à lui, l'archéologie est devenue plus méthodique. « Il avait du courage et du talent, mais pour réussir ce qu'il a fait, il avait aussi la baraka. Il fut le premier à dégager des pièces de toutes sortes, à les consolider et à les restaurer. Il n'hésitait pas à fouiller jusqu'au sol antique inondé et même au-delà. Aujourd'hui plus personne ne s'attaquerait seul à des chantiers pareils avec d'aussi faibles moyens », renchérit Michel Azim, admiratif. Une admiration que l'on partage volontiers avec les auteurs au fil des pages.

 

Stéphanie Bia

 

 

Karnak

Après l'expulsion des Hyksos de Thèbes vers 1570 av. J.-C. par celui qui deviendra Ahmosis – premier pharaon de la plus grande dynastie égyptienne, la XVIIIe –, Karnak, avec ses multiples temples, devient le centre religieux le plus important d'Égypte. Les pharaons qui s'y succèdent pendant cinq siècles feront de ce temple l'un des plus beaux mais aussi l'un des plus complexes édifices de l'Antiquité.

 

A SAVOIR

Certaines statues de la Cachette sont aujourd'hui exposées au Musée dauphinois de Grenoble à l'occasion du IXe Congrès d'égyptologie.

Voir rubrique IN SITU "Les égyptologues s'invitent chez Champollion"

 

 

Notes :

1. CNRS Éditions, coffret de deux volumes, vol. 1 (les textes) et vol. 2 (les illustrations) ; 140 euros les deux, à paraître le 9 septembre.
2. Michel Azim est ingénieur de recherche au CNRS ; Gérard Réveillac fut jusqu'en 2001 ingénieur d'étude CNRS au Centre Camille-Jullian.
3. Centre franco-égyptien d'étude des temples de Karnak.
4. UMR6130 Centre d'Études Préhistoire, Antiquité, Moyen-Âge à Valbonne/Sophia -Antipolis.
5. Maurice Pillet fut l'archéologue qui succéda à Legrain en janvier 1921. Sa collection des photos de Legrain se trouve au Cepam.
6. Gaston Maspero succéda à Auguste Mariette et pris ses fonctions de directeur du Service des Antiquités de l'Égypte en 1881.

Contact

Michel Azim, azim@cepam.cnrs.fr
Gérard Réveillac, gerev@free.fr


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