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Saqqara : la Basse Époque dévoile ses rites

Retrouver des vestiges intacts prêts à livrer leurs secrets après des millénaires passés sous les sables, c'est ça le bonheur des archéologues », explique Guy Lecuyot, architecte-archéologue du CNRS(1). Un sentiment que cet amoureux de l'Égypte ancienne a d'ailleurs ressenti lors de la découverte à Saqqara, à l'automne 2003, de plusieurs caveaux renfermant des sépultures de la Basse Époque (VIIe-IVe av J.-C. ). Deux d'entre eux étaient restés inviolés depuis plus de 2 000 ans. Un événement «exceptionnel» selon Zahi Hawass2.

Sacorphage de Saqqara

© G.Lecuyot/CNRS-AOROC

Sarcophage exceptionnel, en bois doré, retrouvé au fond du caveau, enfoui sous des dizaines de momies


Commencées en 2003, les fouilles se sont poursuivies en avril 2004 afin de finir d'exhumer les nombreux objets retrouvés sur place. Objets actuellement en cours d'analyse. Ces travaux, placés sous la direction de Christiane Ziegler3, s'inscrivent dans le cadre des recherches menées à Saqqara par le musée du Louvre. Ils viennent enrichir la connaissance des rites funéraires de la Basse Époque, une période de changement social pour les Égyptiens.  Certaines nécropoles, en effet, dont celle de Saqqara, jusque-là réservées aux seuls notables, se sont alors ouvertes à une population élargie. En témoignent les tombes réutilisées et agrandies pour accueillir ce supplément d'âmes voyageuses. La sépulture étant garante d'une existence post-mortem, c'est une vraie démocratisation de l'aller simple pour l'au-delà qui a eu lieu à l'époque. Cependant, une question taraude toujours les égyptologues : qui étaient donc les colocataires de ces ultimes demeures ? Membres d'une ou plusieurs familles voire d'une communauté familiale plus vaste (parents éloignés, domestiques) ?

Les découvertes réalisées par Guy Lecuyot à l'intérieur d'une tombe creusée dans les arases du Mastaba d'Akhethetep4 apportent des indices à ce sujet, elles ont donné lieu à une publication dans la revue Archeologia5. Bien que pillé, le caveau recelait des objets funéraires, une cinquantaine de momies et trois sarcophages anthropomorphes en bois. Deux d'entre eux reposaient sur le sol et avaient échappé comme par miracle à la convoitise des voleurs. Le troisième, appartenant à un certain Imhotep, a permis de dater l'ensemble des objets du IVe siècle av. J.-C. à la croisée des époques dynastique et ptolémaïque. En outre, plusieurs défunts ont pu être identifiés comme appartenant à la même famille. Ce qui indiquerait, au vu de la quantité de corps, une très longue utilisation de la sépulture pour des parents directs. Or, les objets retrouvés dans le caveau – statuettes d'oiseaux, masques, bijoux, boîte funéraire – semblent avoir été fabriqué sur un laps de temps plus court. L'archéologue penche donc pour une population composée d'une communauté familiale élargie ou de plusieurs familles. Autre symptôme des changements de l'époque : le mobilier funéraire semble s'être appauvri. Les études en cours permettront peut-être de relier objets et propriétaires afin d'en attester. En revanche, les deux caveaux restés intacts qui ont été découverts dans le secteur est du chantier fournissent des informations directes à ce sujet. L'un d'eux contenait un sarcophage de bois, peint en noir, uniquement accompagné d'une boîte funéraire et d'une statuette de Ptah-Sokar-Osiris. Modeste viatique qui semble bien confirmer l'hypothèse de la limitation rituelle du mobilier funéraire.

Toutes ces découvertes laissent présager d'autres surprises à venir. Affaire à suivre donc à Saqqara où il faudra d'abord restaurer sur place les objets mis au jour.

 

Géraud Chabriat

Notes :

1. Laboratoire d'archéologie de l'ENS, CNRS-ENS (UMR8546).
2. Secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes.
3. Conservateur général chargé du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre.
4. Le mastaba était le tombeau des notables de l'Ancien Empire. La chapelle du mastaba d'Akhethetep est conservée au Louvre depuis 1903.
5. n°413, juillet-août 2004.

Contact

Guy Lecuyot, ENS, Paris, lecuyot@ens.fr


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