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Le cratère de Vix, chef d'œuvre

Des chercheurs du CNRS s'intéressent de près à un vase retrouvé dans une tombe datant de -500 av. J.-C. Une pièce extraordinaire pour les scientifiques qui tentent de comprendre comment les artisans de l'époque sont parvenus à créer ce chef d'œuvre.

 C'est un cratère, un vase antique utilisé pour contenir le vin, qui concentre l'attention des archéométallurgistes1 Marc Aucouturier, David Bourgarit, Benoît Mille et Michel Pernot. Mesurant 1,64 m de haut, 1,27 m de diamètre et pesant 208 kg, ce cratère en bronze pouvait contenir 1 100 litres de vin ! C'est en 1953 que le cratère de Vix sort de l'oubli. Alors que des archéologues fouillent le sol de cette petite commune de Côte-d'Or, un trésor se dévoile sous leurs instruments : la tombe d'une princesse celte datant de -500 av. J.-C. Cette sépulture, dont une monographie2 complète a été récemment publiée, recelait de nombreux objets dont un char celte sur lequel reposait le corps de la défunte parée d'un torque en or. Autour d'elle, étaient réunis tous les éléments nécessaires au service du vin lors d'un fastueux banquet : une œnochoe étrusque pour le servir, des coupes grecques en terre cuite pour le boire mais aussi un cratère, de manufacture grecque, aux dimensions gargantuesques. « Un chef d'œuvre, et surtout un exploit technique, commente Benoît Mille. Aujourd'hui, je doute qu'un artisan soit capable de produire une telle œuvre. On ne sait plus “battre le bronze” pour en faire de la vaisselle, d'autant plus dans de telles dimensions ». Alors, les scientifiques ont essayé de comprendre comment les artisans de l'époque ont pu y parvenir. Par l'examen de minuscules fragments prélevés sur certaines des quarante pièces du cratère, Michel Pernot a déterminé le mode de mise en forme de ces pièces. Certaines comme les anses de 45 kg ont été obtenues par fonderie, en coulant le métal dans un moule. D'autres ont été martelées. C'est le cas du récipient qui, à lui seul, relève d'un exploit technique puisque l'artisan a dû travailler 60 kg de bronze au marteau. « À partir de ces résultats, nous avons cherché à savoir si les bronziers avaient choisi un métal différent pour les pièces destinées à être martelées et celles destinées à être fondues », explique Benoît Mille. Des micro-prélèvements ont donc été effectués pour analyser, par spectrométrie d'émission atomique, la composition élémentaire du métal. Les chercheurs ont ainsi obtenu la composition de l'alliage de cuivre et d'étain qui forme le bronze. Et ils ont aussi montré que le cuivre utilisé pour le bronze des pièces martelées était beaucoup plus pur. Preuve d'un choix technique, puisque moins il y a d'impuretés – sources de défauts–, moins le bronze risque de se fissurer sous les coups du marteau. Ils ont ainsi mis en évidence les choix d'atelier et relié le procédé de fabrication à la pureté du cuivre et au delà, aux stratégies d'approvisionnement. Outre des secrets d'artisans, cette pièce unique ainsi que toute la tombe livrent de précieuses informations sur la société à laquelle appartenait la princesse. Même si une grande question demeure : quel était le statut de la dame de Vix pour justifier une tombe si fastueuse ?

 

Stéphanie Belaud

Notes :

1. Ils appartiennent au Groupement de recherche (GDR) ChimArt du CNRS.
2. La tombe princière de Vix, Rolley C. (dir.), Éditions Picard, Dijon, 2003.

Contact

Benoît Mille, C2RMF, Paris, benoit.mille@culture.gouv.fr, www.c2rmf.com


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