
Victor Sanchez, directeur scientifique du département des Sciences pour l'ingénieur du CNRS
© N.Tiget/CNRS Photothèque
Une voiture individuelle pour demain ? Oui mais…
À la question « une voiture individuelle pour demain ?», une réponse optimiste des scientifiques serait : « Oui, mais sans rejets de gaz à effet de serre, sans rejets polluants, en sécurité totale et sans contribution aux embouteillages. » Cet objectif n'est pas irréaliste : le CNRS s'y est attaqué depuis plusieurs années par le biais d'actions concertées, en appui de programmes plus technologiques comme le Prédit1. Les chercheurs s'organisent aujourd'hui afin de résoudre ce problème qui concerne chaque individu, la société dans son ensemble et aussi les 80 000 entreprises en France qui sont impliquées. Trois domaines sont étudiés : la voiture propre, la sécurité routière et les véhicules intelligents.
Des progrès importants ont certes été accomplis grâce à l'adoption des pots catalytiques et la diminution du poids des véhicules (down sizing) permise par l'utilisation des matériaux nouveaux et l'optimisation des structures. D'où une réduction notable de la consommation (donc de la production de CO2) et du bruit. Mais l'ambition est d'aller beaucoup plus loin, en travaillant d'abord sur les nouveaux modes de combustion capables de supprimer les rejets d'oxydes d'azote et en développant des modes de dépollution des gaz d'échappement par plasma. L'objectif de la décennie est la réduction de 20 à 30 % de la consommation pour les moteurs automobiles toujours alimentés par les produits pétroliers. Au-delà, c'est le remplacement total des combustibles fossiles qui est envisagé et le développement des piles à combustibles (Pac) est un défi largement engagé dans les laboratoires du CNRS où des démonstrateurs sont déjà en cours de validation. Ceci suppose évidemment la production d'hydrogène ou d'électricité à partir d'énergies renouvelables ou solaires (la question de l'énergie nucléaire restant ouverte). L'objectif à l'horizon de trente ou quarante ans : une voiture électrique, à moteur Pac, ou mieux, hybride.
Peut-on admettre qu'un produit commercial tel que l'automobile soit en cause dans la mort de milliers de personnes par an en France ? L'objectif est d'aller vers une sécurité totale :
– En travaillant sur la conception du véhicule : carrosseries résistant aux crashs, nouveaux matériaux composites pour la protection des passagers, nouveaux modes de freinage…
– En étudiant le comportement des conducteurs : vigilance au volant, psychologie des usagers…
– En abordant les problèmes de politique de déplacements dans les grandes agglomérations (voir p. 8).
L'ambition pour demain ? Qu'un ordinateur embarqué gère de manière optimale le fonctionnement du moteur, récupère l'énergie de décélération tout en privilégiant la sécurité (freinage intelligent), se substitue au conducteur pour éviter les collisions (radars de proximité), etc. La voiture individuelle du futur saura peut-être répondre à tous les critères et rester notre « amie ». C'est là l'objectif du CNRS.
1. Programme national de recherche et d'innovation dans les transports terrestres.