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Biologie moléculaire

La RPA, contre la prolifération cancéreuse

Le propre d'une cellule cancéreuse, c'est de se diviser de façon anarchique. Stopper cette machine infernale demande de connaître ses rouages les plus intimes. C'est l'un d'eux que les équipes de Vincent Géli1 et d'Éric Gilson2 ont récemment présenté dans la revue Nature Genetics. Voilà plusieurs années que ces chercheurs « dissèquent » l'extrémité des chromosomes, appelée télomère. De cette structure particulière, on sait qu'elle stabilise les chromosomes et qu'elle fait office de « compteur des divisions cellulaires ».
Chacune de ces divisions rogne un peu plus le télomère jusqu'à lui faire atteindre une longueur critique : c'est le signal d'arrêt pour la cellule. Et un frein, donc, à la prolifération des cellules cancéreuses. La boucle est bouclée ? Pas si simple. « Dans les cellules cancéreuses, les télomères n'atteignent pas leur longueur critique car ces cellules expriment à des doses anormalement élevées une enzyme, la télomérase, explique Vincent Géli. Elle empêche les télomères de se raccourcir, ce qui a pour effet de remettre continuellement à zéro le “compteur” des divisions cellulaires ». À des doses beaucoup plus faibles dans les cellules adultes normales, cette enzyme se charge de la « maintenance » du télomère. Reconnaissant l'ADN simple brin – une forme caractéristique du « bout du bout » des télomères – elle le rallonge toujours à l'identique, avec une séquence d'une dizaine de bases. Elle n'agit pas seule. Des protéines spécialisées sont là pour l'activer. Encore inconnues il y a peu de temps, c'est justement l'une d'elles que ces équipes viennent de trouver chez la levure du boulanger. Nom de code : RPA. Trait particulier : forte affinité pour l'ADN simple brin. « Le fait de la découvrir au niveau du télomère est tout à fait nouveau, souligne Vincent Géli. Elle intervient au moment de la duplication de l'ADN  pour activer la télomérase » De quelle façon ? En recrutant une sous-unité (EST1) dans le télomère sans laquelle notre enzyme ne peut agir. Quant à savoir si cette protéine RPA remplit, chez l'homme, la même fonction, Vincent Géli en est « presque sûr, car de nombreuses protéines humaines ont des rôles similaires avec leurs homologues de levure ». Si tel est bien le cas, la découverte pourrait à terme déboucher sur de nouveaux médicaments anti-cancéreux. Plus exactement des inhibiteurs de la protéine RPA qui, de facto, bloqueraient l'activité « débridée » de la télomérase dans les cellules tumorales.

Patricia Chairopoulos

Notes :

1. Laboratoire d'ingénierie des systèmes macromoléculaires, à Marseille.
2. Laboratoire de biologie moléculaire de la cellule, à Lyon.

Contact

Vincent Géli
IBSM, Marseille, geli@ibsm.cnrs-mrs.fr
Éric Gilson
ENS, Lyon, eric.gilson@ens-lyon.fr


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