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Spécialiste des métaux

Richard Portier

Le magicien du métal

Après s'être perdu dans les méandres de l'École nationale supérieure de chimie de Paris, après avoir slalomé entre ses étudiants, on atteint enfin l'antre de Richard Portier située au sous-sol de l'établissement. Ce jovial sexagénaire, courtois, nœud papillon impeccable, ouvre la porte discrète de l'unité qu'il dirige, le Laboratoire de métallurgie structurale. C'est un grand pan de sa vie qu'il s'apprête alors à dévoiler. Très vite, il avoue volontiers que la chimie – discipline à laquelle son laboratoire est rattaché – n'est pas une vocation qui l'a taraudé depuis l'enfance. Mais la passion a fait petit à petit son chemin au gré de ses admissibilités aux concours. Quant à cette rencontre avec la métallurgie, il la doit à un quiproquo. « J'avais demandé à Michel Fayard, ancien directeur des Sciences chimiques au CNRS de faire ma thèse dans son laboratoire car j'appréciais ses cours de mécanique quantique. Et finalement, je me suis retrouvé à soutenir un mémoire sur les métaux. Une erreur au départ… Mais aujourd'hui je suis ravi d'un tel parcours », raconte-t-il amusé.
Pour lui, la science, aussi importante soit-elle, doit revêtir, tout comme la vie, un aspect ludique. Démonstration de cet enseignant chercheur, père de deux filles, habitué à transmettre son savoir sur un mode pédagogique. Manches de chemise retroussées – la fonte des métaux pratiquée dans cette « forge » augmente la température ambiante –, Richard Portier exhibe un fil métallique qui paraît sorti de nulle part. « Regardez, le fil forme les lettres L, M et S. On lui a donné cette forme à haute température ». Le magicien brouille le fil et perturbe les formes. Puis, il sort un briquet de sa poche et passe le fil sous la flamme. Le métal reprend immédiatement sa forme initiale et marque à nouveau « LMS ». L'air espiègle, le chercheur commente : « Si on les chauffe à haute température, les fils récupèrent la forme qu'ils ont mémorisée. »
Avant d'étudier les matériaux « à mémoire de forme », ce scientifique a fait ses « classes » au sein de l'École de chimie parisienne. Il y a pratiqué la microscopie électronique pendant une dizaine d'années, afin de comprendre notamment les interactions en jeu quand des électrons traversent un échantillon de métal. Il a aussi observé les céramiques, les oxydes, les quasi cristaux et pléthore d'alliages. Des connaissances qui lui permettent de passer à l'expérience et donc de chauffer et de tordre des alliages dans tous les sens. « La métallurgie, c'est le travail du forgeron, tel Vulcain1. Mais c'est également de la modélisation. Une discipline extrêmement passionnante donc, car on touche à beaucoup de choses », déclare-t-il. Et cette insatiable curiosité pour les métaux a encouragé le professeur à accueillir dans son atelier des recherches sur les matériaux culturels, qui permettront d'authentifier une œuvre d'art, de la conserver ou de la restaurer. Un régal pour ce féru d'histoire de l'art, amoureux de Piero della Francesca et de Nicolas de Staël. Une nouvelle fois, il associe travail et plaisir.

Stéphanie Bia

Notes :

1. Vulcain, dont le nom signifie «volonté impérieuse et ardente», était dans la mythologie romaine le dieu du feu et du travail des métaux.

Contact

Richard Portier, ENSCP, Paris
portierr@ext.jussieu.fr


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