
Ils ont choisi la France et le CNRS
© N. Strieberg
Je suis arrivé ici totalement « at random » (au hasard). Le parler hésitant franglais de Mark Wieczorek témoigne de sa toute récente émigration. Originaire de Buffalo dans l'État de New York, Mark Wieczorek est aujourd'hui chargé de recherche au Département de géophysique spatiale et planétaire de l'Institut de physique du globe de Paris. C'est le hasard des rencontres qui l'a amené là, dans un pays où il n'avait jamais mis les pieds un an avant son embauche.
Titulaire d'une thèse en géophysique des planètes, il entreprend en 2000 un post-doctorat de trois ans au MIT1 de Boston. Au cours de cette période, il se rend à un colloque à Berlin où il présente ces travaux. Là, il rencontre Philippe Lognonné, le directeur du Département de géophysique spatiale et planétaire. « Avant de le rencontrer, je n'avais jamais entendu parler du CNRS. La recherche américaine est très égocentrique », avoue-t-il. À la suite du colloque, Philippe Lognonné l'invite à venir présenter ses résultats dans son laboratoire. Intéressé par le profil du chercheur, il lui conseille de passer le concours d'entrée au CNRS. Une idée que Mark Wieczorek gardera en mémoire de retour dans son pays. « Comme ici, les postes de chercheur sont peu nombreux aux États-Unis. Alors dès le début de mon postdoc, j'avais commencé à chercher du travail. Et, un peu plus tard, j'ai tenté ma chance en France en me présentant au concours du CNRS. Beaucoup de mes amis pensaient que ça n'était pas possible pour moi d'intégrer un centre de recherche publique français. Mais j'y suis arrivé », conclut le jeune chercheur visiblement heureux d'avoir relevé le challenge. Ainsi, depuis un an et demi, il poursuit au CNRS ses travaux sur la géophysique des planètes.
Il étudie le champ de gravité et la topographie de la Lune ou de Mars, entre autres, pour ensuite déterminer leur structure interne, celle de la croûte, du manteau ou encore des cratères d'impacts. Dans le cadre du projet de l'Esa2 « BepiColombo », il participe également au développement d'un altimètre laser qui permettra d'étudier le relief de Mercure, la planète la plus proche du soleil. S'il avoue être arrivé en France et au CNRS un peu par hasard, Mark Wieczorek est plus que satisfait de cette destinée. « Aux États-Unis, les chercheurs sont évidemment bien mieux payés. Mais ils ont aussi une obligation de rendement, de production. À tel point que si on publie peu, on risque sa place. J'ai été attiré par la sécurité de l'emploi. Ici, je peux prendre le temps de faire vraiment mes recherches et exclusivement mes recherches. Je me sens aussi plus libre de mon temps et de mon organisation. J'ai désormais un statut qui me convient complètement ». Les événements de ces derniers mois ont surpris le chercheur exilé et lui font d'autant plus apprécier son nouveau contexte de recherche : « Aux États-Unis, personne ne se serait soucié de la démission massive des chercheurs. L'éducation supérieure et la recherche académique ne sont pas des priorités politiques, car les gens pensent que cela ne rapporte pas d'argent », commente-t-il. Lorsqu'on l'écoute, Mark Wieczorek n'a aucun regret. Même s'il admet que son arrivée n'a pas été simple pour ce qui est du quotidien : « La langue a vraiment été un problème au début, ne serait-ce que pour chercher mon appartement. Difficile de se faire comprendre quand on ne parle pas un mot de français » lance-t-il en souriant.
Stéphanie Belaud
1. Massachusetts Institute of Technology.
2. European Space Agency.
Mark Wieczorek
Département de géophysique spatiale et planétaire, Saint-Maur-des-Fossés
wieczor@ipgp.jussieu.fr