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Musicologie

Musique baroque française : la renaissance

Le Centre de musique baroque de Versailles fait revivre, avec succès, le patrimoine baroque français. Avec deux axes majeurs : l'édition de partitions modernes à partir d'œuvres originales et la constitution d'une vaste base de données consultable sur Internet depuis quelques mois.

Sortez les violons, clavecins, violes de gambe, et autres luths. Les spécialistes de musique française ancienne mais aussi tous ceux qui veulent la découvrir vont être ravis : le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV), installé dans les bâtiments historiques de l'Hôtel des Menus-Plaisirs, là même où se réunirent les États généraux1 en 1789, a publié sur Internet en novembre dernier la première base de données sur la musique française des XVIIe et XVIIIe siècles. Son nom, Philidor, lui vient du Bibliothécaire de la Musique de Louis XIV qui, à son époque, avait déjà constitué une des plus grandes bibliothèques d'œuvres musicales.
Dans la base, on trouve le descriptif de soixante mille œuvres (musiques, chorégraphies, poésies mises en musique et traités théoriques) et aussi quelque douze mille références de livres, thèses, articles… sur la musique baroque française parus depuis 1800. Pour chaque œuvre, la fiche permet de connaître, notamment, le compositeur, la date et le lieu de création, le nombre d'interprètes, le genre musical et les différentes sources. En tout, c'est une cinquantaine de musicologues qui alimentent cette base depuis 1990. Et quand on sait que la part des œuvres connues à ce jour est estimée à 5 % de la production de cette époque, Philidor a encore de beaux jours devant elle. Et les chercheurs, du pain sur la planche.
Car une fois un document original retrouvé dans un fonds privé ou dans une bibliothèque, le travail ne fait que commencer. Il s'agit tout d'abord d'identifier le document avant d'envisager une « restauration » de la partition en vue de son édition moderne. C'est l'autre activité majeure de l'Atelier d'études du CMBV2. Les musicologues rassemblent donc les voix3 dont ils disposent. Il est rare qu'elles soient toutes réunies dans une même source. Et souvent, « les partitions d'orchestre comportent seulement la partie la plus aiguë, interprétée par les violons, et la partie la plus grave, explique Gérard Geay, chercheur à l'Atelier d'études. Cela est dû au fait qu'à l'époque, les copistes et les imprimeurs, par gain de temps et de place, vendaient aux particuliers des partitions uniquement avec les parties principales ». À cela, s'ajoutent les coquilles commises en recopiant l'original. Aux chercheurs donc de « boucher les trous ». Mais toujours en restant fidèles au style du compositeur. Pour cela, il leur faut se plonger dans les traités de musique écrits à la même période. Quels accords n'auraient jamais pu être joués ? Quels instruments utilisaient-ils pour un genre musical donné ? Combien y avait-il d'interprètes ? Autant de questions auxquelles il faut répondre pour réécrire une œuvre qui puisse être jouée par des musiciens actuels avec la même technique et sur les mêmes instruments.
Le travail de musicologue ne se limite donc pas à tâtonner dans son coin à la recherche du bon rythme, de la bonne tonalité. « Il faut aussi discuter avec des historiens, des archivistes pour retrouver ici la comptabilité d'un compositeur qui va indiquer combien de musiciens il engageait, là un inventaire réalisé après son décès pour savoir quels instruments il utilisait », précise Gérard Geay. Une fois l'œuvre reconstituée, l'interprétation par un orchestre permet aux musiciens de faire des suggestions aux chercheurs. Ceux-ci les acceptent du moment qu'elles restent dans l'esprit de l'auteur. « C'est un peu un travail de grammairien, commente le chercheur. Il y a les règles de syntaxe et il faut évaluer à quel degré un compositeur s'en est affranchi. »
Pour conserver et valoriser ce patrimoine musical français, les éditions modernes des partitions et la base de données sont indispensables. Et ce d'autant plus que « cette musique, ainsi que sa manière de l'interpréter, est tombée dans l'oubli après la Révolution », ajoute Christophe Doînel, administrateur de l'Atelier d'études. En effet, ces œuvres, qui étaient destinées à être jouées surtout dans les résidences royales, les cercles aristocratiques et les institutions religieuses, ont disparu avec eux. D'où le retard de la France quant à la connaissance de sa musique baroque par rapport à des pays comme l'Allemagne ou l'Italie où Bach, Haendel et Monteverdi ont été redécouverts dès le XIXe siècle. Chez nous, il aura fallu attendre les années 1980 pour pouvoir réécouter Brossard, Charpentier ou encore Desmarest. Tendez l'oreille. Le CMBV organise chaque année des concerts au château de Versailles4. Vous pourrez alors écouter cette musique, redevenue vivante par le travail des chercheurs et des musiciens.

Julien Bourdet

Base de données Philidor et calendrier des concerts, sur le site : http://www.cmbv.fr


 

Notes :

1. Convoqués par Louis XVI, ils marquent le début de la Révolution française.
2. UMR associant le CMBV, le ministère de la Culture et le CNRS.
3. À chaque voix, ou parties, correspond un registre différent et donc un instrument ou une voix de chanteur différent.
4. Les concerts auront lieu du 6 septembre au 11 décembre 2004. Ils seront consacrés notamment à Charpentier et aux compositeurs italiens vivant en France à l'époque baroque.

Contact

Christophe Doînel et Gérard Geay
CMBV, Versailles
chd@cmbv.com, gg@cmbv.com


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