
Novimet
Prototype du radar compact de Novimet à l'essai. Il permet de prévoir avec plus de précision que les radars classiques la quantité d'eau qui tombe dans une région, dans un rayon de 60 km.
© R. Ney / CNRS Photothèque
Automne 2002 : la crue du Gardon fait vingt-trois morts. Des catastrophes comme celle-là sont encore difficilement prévisibles. Dans l'Hexagone, une vingtaine de radars au sol utilisés par Météo France suivent le déplacement des pluies. Couplés à un réseau de pluviomètres, ils indiquent combien d'eau tombe dans une zone donnée. Mais, fait remarquer Jacques Testud, « ce réseau est coûteux et il ne couvre pas l'ensemble du territoire ». Le PDG de Novimet1, ex-physicien du CETP2, a donc eu l'idée d'utiliser une technique inventée il y a 20 ans : le radar à diversité de polarisation3. « Il permet de connaître la diversité de la taille des gouttes dans un nuage et de savoir ainsi avec précision, sans faire appel aux pluviomètres, quelle quantité d'eau tombe au-dessus d'une région », explique-t-il.
Créée en mai 2003, sa société mène deux types de recherche complémentaires : d'un côté, deux ingénieurs développent un logiciel – Novimet a la licence exclusive de deux brevets du CNRS sur les algorithmes – pour équiper les radars à diversité de polarisation déjà existants. Un contrat vient d'être signé avec Météo France pour tester un radar du réseau avec le logiciel. De l'autre côté, une hydrologue et un spécialiste des radars mettent au point la version industrielle d'un instrument beaucoup plus compact que les radars habituels4. « Notre appareil pèsera 250 kilos et mesurera 1,5 mètre contre quelques tonnes et 4 mètres pour les radars classiques », précise Jacques Testud. Celui-ci défend avec passion son invention. Elle permettra selon lui de disposer d'un réseau secondaire de radars plus petits dans les zones les plus exposées aux inondations : montagnes, régions méditerranéennes… Et les applications ne s'arrêtent pas là. On pourrait envisager, en ville, une meilleure canalisation des eaux de ruissellement polluées vers les bassins de décantation. Dans l'agriculture, cette technique pourrait permettre d'évaluer précisément l'humidité du sol et ainsi de savoir à quels moments irriguer les cultures et quand les traiter. Une étude est menée actuellement pour savoir si ce projet est à la fois réalisable sur le terrain et rentable pour les coopératives agricoles. Le PDG de Novimet mesure encore le chemin qui reste à parcourir : « il faut convaincre les opérateurs météo de l'apport de cette nouvelle technique, qu'ils puissent se l'approprier pour qu'elle devienne banale. » Mais il est confiant. D'ici un an, son nouveau radar devrait être commercialisé.
Julien Bourdet
1. Novel Initiative in Meteorology and Environment Technologies.
2. Centre d'étude des environnements terrestres et planétaires, Unité mixte CNRS et université de Versailles/Saint-Quentin-en-Yvelines. Novimet a été créée par quatre chercheurs et ingénieurs du laboratoire.
3. La polarisation d'une onde indique dans quel plan de l'espace vibre cette onde. Pour caractériser les nuages, le radar à diversité de polarisation émet des ondes qui vibrent dans deux plans perpendiculaires.
4. Le radar est plus petit, car il émet des ondes de plus haute fréquence (9,4 GHz) que les radars classiques (3 à 5 GHz).
Jacques Testud
Novimet, Vélizy
testud@cetp.ipsl.fr
www.novimet.com