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Le regard est clair, la poignée de main franche. D'une extrême courtoisie et d'une extrême réserve lorsqu'il doit parler de lui-même : pas de doutes, l'homme est un Mexicain du Nord. Rogelio Lozano, 50 ans cette année, est depuis 1995 le directeur du laboratoire Heudiasyc (Heuristique et diagnostic de systèmes complexes) de l'Université de technologie de Compiègne. Cette unité mixte UTC/CNRS travaille sur des problèmes d'automatique, d'informatique et de diagnostic.
Rogelio Lozano commence ses études à Monterrey, sa ville natale, avant de descendre à Mexico à l'Institut National. Il y suit les cours donnés par des coopérants français qui le persuadent de venir passer son doctorat en France, au Laboratoire d'automatique de Grenoble. Durant sa thèse, il se familiarise avec la langue et la culture françaises. Il revient ensuite dans son laboratoire au Mexique mais part faire deux séjours à l'étranger : un an en Australie, à l'Université de Newcastle, puis un an en Virginie aux États-Unis dans un centre de la Nasa où il travaille sur un projet de commande d'une station orbitale. De retour à Mexico, il décide de chercher un poste fixe à l'étranger. Il reçoit alors trois propositions : à l'Ohio State University, à l'École polytechnique de Montréal et à l'Université de Compiègne pour y devenir directeur de recherche au CNRS. Il décide finalement de tenter l'aventure dans cette petite ville de l'Oise qu'il ne connaît pas. « Ce qui m'a convaincu c'est la sécurité de l'emploi en France, et aussi le prestige du CNRS. » Son parcours montre qu'il a eu raison. Depuis qu'il dirige Heudiasyc, les labeurs administratives accaparent beaucoup de son temps. Mais à aucun moment, il n'a voulu arrêter le travail scientifique, quitte à passer ses samedis et dimanches après-midi au labo. Durant sa carrière scientifique, Rogelio a abordé des sujets très différents. Pendant longtemps, ses travaux étaient plutôt théoriques. Il tente aujourd'hui d'associer la recherche théorique à de réelles applications technologiques. Il s'agit, par exemple, de développer des hélicoptères miniature capables de voler de façon autonome, de se repérer dans l'espace et de reconnaître une cible. Heudiasyc participe avec ce projet à un concours de drones miniatures organisé par l'Onera et la DGA1. Les applications prévues pour ces hélicoptères intelligents sont multiples : de l'intervention dans des incendies à la surveillance des centrales nucléaires, des lignes à haute tension ou des frontières.
Pour Rogelio, venir en France n'a jamais signifié couper les ponts avec sa terre natale puisqu'il y revient tous les ans pour donner des séminaires. Par ailleurs, lorsqu'on visite les laboratoires d'Heudiasyc, on est surpris de rencontrer toute une petite communauté d'étudiants mexicains, des thésards et des postdocs. « La recherche au Mexique est en train de s'améliorer. Elle est de plus en plus compétitive. Bien sûr, cela ne se fait pas par décret, mais en multipliant les collaborations » affirme Rogelio. Tout en profitant du dynamisme des jeunes formés au Mexique, il leur permet de prendre pied dans la recherche internationale. Voilà comment Rogelio Lozano parvient à faire de la recherche au CNRS tout en faisant avancer celle de son pays d'origine.
Sebastián Escalón
1. Onera : Office national d'études et de recherches aérospatiales et DGA : Direction générale de l'armement.
Rogelio Lozano
Heudiasyc, Compiègne
rlozano@hds.utc.fr