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Obésité

En injectant un neuropetptide dans le cerveau de rats, les chercheurs ont stimulé la prise d'aliments. Un antagoniste de cette molécule permettra-t-il de combattre l'obésité?

Une molécule qui donne faim

Dans leur lutte contre les troubles du comportement alimentaire, des chercheurs rouennais réunis au sein de l'IFRMP1 viennent de faire un bond en avant. Tout a commencé dans l'unité d'Hubert Vaudry par l'extraction à partir de cerveaux de grenouilles d'un neuropeptide encore inconnu : une chaîne de vint-six acides aminés qu'ils ont baptisée « 26RFamide ». Les chercheurs se sont alors aperçus qu'il n'était pas propre aux batraciens mais existait aussi chez le rat, la souris et chez l'homme. « Lorsqu'une molécule a été conservée tout au long de l'évolution, c'est le signe que son rôle est vital pour l'organisme » analyse ainsi Jean Costentin, chercheur de l'Unité de neuropsychopharmacologie de Rouen. Les chercheurs supposaient donc que cette molécule régulait un mécanisme important. Mais lequel ?
En poursuivant leurs recherches, ils ont montré que le 26RFamide était présent dans deux zones de l'hypothalamus qui contrôlent le comportement alimentaire. Or, en injectant directement cette molécule dans le cerveau de rongeurs, ils se sont mis à manger bien plus qu'à leur habitude.
Cette boulimie soudaine démontrait que le 26RFamide exerce un puissant effet orexigène : il stimule la prise alimentaire. Cette molécule vient s'ajouter à une liste déjà longue de neuropeptides et autres hormones qui régulent très finement la quantité d'aliments que nous ingérons. Avoir faim ou au contraire être rassasié, est un très subtil équilibre entre molécules aux effets opposés. À chaque fois que les chercheurs découvrent un de ces médiateurs de la faim, c'est une nouvelle piste thérapeutique qui s'ouvre pour combattre deux maladies : l'anorexie mentale ou à l'opposé, l'obésité.
Si les chercheurs parvenaient à développer des molécules qui miment les effets de ces neuro-peptides ou qui les bloquent, on pourrait alors contrôler la quantité d'aliments consommée par les patients. Prenons par exemple le 26RFamide qui stimule la faim : si l'on parvenait à bloquer ses récepteurs cellulaires grâce à une molécule antagoniste, alors on disposerait d'une nouvelle arme pour lutter contre l'obésité.
« Je pense que d'ici cinq ans, les premières molécules seront expérimentées chez l'homme, prédit Jean Costentin. Ces pistes arrivent à point nommé, juste au moment où les traitements qui prévalaient contre les troubles du comportement alimentaire, comme les amphétamines, ont été abandonnés à cause de leurs graves effets secondaires » Si cette prévision s'accomplit, nous pourrons raconter l'histoire d'un beau succès pharmaceutique : du cerveau de la grenouille à l'ordonnance du médecin.

Sebastián Escalón

Notes :

1. IFRMP : Institut fédératif de recherches multidisciplinaires sur les peptides.

Contact

Jean Costentin,
Unité de neuropsychopharmacologie, Rouen
jean.costentin@univ-rouen.fr


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