
Santé
Obésité et arthrose : deux maladies liées de manière méconnue. Du moins jusqu'aux travaux1 de l'équipe de Patrick Netter, du Laboratoire de physiopathologie et pharmacologie articulaires de Nancy. Elle vient en effet de mettre en évidence l'intervention d'une hormone, la leptine, dans l'arthrose. Cette maladie, douloureuse et handicapante, due à une érosion du cartilage présente plusieurs facteurs de risque, dont l'obésité.
En effet, les contraintes biomécaniques excessives, dues à l'excès de poids, favorisent la dégradation du cartilage des articulations portantes, comme le genou ou la hanche. Mais comment expliquer que l'obésité puisse jouer un rôle dans le cas de l'articulation de la main ? Les chercheurs ont supposé l'intervention d'un facteur métabolique circulant. « Et la leptine était un bon candidat », explique Pascale Pottie, maître de conférence à l'université Nancy I et membre de l'équipe. Produite par le tissu adipeux, cette hormone régule le comportement alimentaire et la dépense énergétique. Pour schématiser, lorsque les réserves adipeuses sont suffisantes, la leptine produite prévient le cerveau, qui nous invite à ne plus manger ! D'où son surnom d'hormone de satiété. Cependant, les personnes obèses, chez qui le taux de leptine est très élevé, ne ressentent pas cette satiété. Tout se passe comme si le cerveau ne pouvait pas lire correctement la quantité d'hormone sécrétée.

© H. Dumond
En comparant l'expression de la leptine dans le cartilage humain sain (gauche) et arthrosique (droite), l'équipe du professeur Netter a mis en évidence son intervention dans l'arthrose.
Par des techniques d'immuno-histochimie, l'équipe de Patrick Netter a alors mesuré le taux de leptine dans le liquide synovial de patients souffrant d'arthrose.
Les chercheurs ont par ailleurs constaté, dans des modèles expérimentaux, que l'hormone de satiété stimule la synthèse de facteurs de croissance et des constituants du cartilage. Si l'arthrose se caractérise par une destruction du cartilage, elle engendre aussi la formation d'ostéophytes ou « becs de perroquet ». Pour Pascale Pottie, « la leptine pourrait avoir un rôle ambivalent : par son effet inducteur de facteurs de croissance, elle aurait un rôle bénéfique en participant aux tentatives de réparation observées en réponse à la dégénérescence du cartilage. Elle aurait aussi un rôle négatif car non seulement elle favorise la formation d'ostéophytes mais elle induit aussi des enzymes protéolytiques responsables du catabolisme. »
Après avoir démontré l'implication de la leptine dans l'arthrose, les chercheurs espèrent pouvoir mieux définir son rôle physio-pathologique dans l'atteinte du cartilage.
Julie Coquart
1. Publiés dans Arthritis and Rheumatism 2003;48(11):3118-29, « Evidence for a key role of leptin in osteoarthritis ». Dumond H, Presle N, Terlain B, Mainard D, Loeuille D, Netter, Pottie P.
Pascale Pottie,
Laboratoire « Physiopathologie et pharmacologie
articulaires », Nancy
pottie@medecine.uhp-nancy.fr