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Les demoiselles de Nantes ont de l'énergie à revendre

« Notre mission est focalisée sur la production d'hydrogène par l'algue verte. »

L'une est châtain, l'autre blonde. La première aime la mer, la seconde aime Paris. Un duo de charme pour des recherches de choc. Qu'ont en commun ces futures chercheuses ? Un photobioréacteur destiné à la culture d'algues, un prix qu'elles ont reçu pour leur talent de médiatrices scientifiques, et l'agglomération Nantes/St Nazaire où elles effectuent leur thèse au sein du Laboratoire « Génie des procédés environnement agroalimentaire » (GEPEA)1.
La châtain aux yeux bleus, c'est Swanny Fouchard, 27 ans, grande, élancée, sportive. En quelques enjambées, elle propose la visite du laboratoire situé sur le campus nantais de la Faculté des sciences et des techniques. Elle pénètre dans la pièce où se trouve sur la paillasse blanche, comme dans un écrin, l'objet de toutes les attentions, le photobioréacteur de géométrie torique et à surface plane, dans lequel circulent des algues microscopiques. Ce procédé permet de contrôler et de réguler les conditions physico-chimiques du milieu et d'obtenir ainsi une croissance optimale des micro-organismes. La jeune blonde de 25 ans aux yeux clairs, Laurence Pottier, la rejoint sur la pointe des pieds. Leur mission à toutes deux est focalisée sur ce photobioréacteur qu'elles devront adapter et mettre en œuvre, au cours de leur thèse, pour une application à la bioproduction d'hydrogène, source d'énergie2. Car Chlamydomonas reinhardtii, algue verte unicellulaire, est capable naturellement de détourner de façon transitoire ses fonctions métaboliques vers la production d'hydrogène. Ce travail s'inscrit parfaitement dans le cadre du programme « Énergie » du CNRS (voir Journal du CNRS n°160-161, p. 28), puisque ce procédé de production d'hydrogène repose sur le processus de la photosynthèse, qu'il utilise uniquement l'énergie solaire et l'eau et qu'il ne dégage aucun gaz à effet de serre (CO2) ! Sous le regard complice de sa « coéquipière », Laurence Pottier se lance dans quelques commentaires : « Swanny étudie plus particulièrement l'aspect biologie, c'est-à-dire les voies métaboliques de la production d'hydrogène par l'algue, tandis que je m'occupe de la modélisation du procédé. En fait, nous sommes complémentaires. Et ces deux pans de recherche qui constituent nos sujets de thèse respectifs nous enrichissent mutuellement ».
Voilà 18 mois qu'elles travaillent côte à côte. Aujourd'hui, leur duo est bien rôdé. Elles parlent d'une seule voix. Et savent expliquer avec simplicité cette recherche qui nourrit leur quotidien. Cette capacité à raconter la science, même à des enfants, leur a valu de recevoir le prix ASTS-GDF3 « Jeunes chercheurs et médiations ». Un prix qui leur a été remis le 11 octobre dernier lors du 16e forum « La science et nous » organisé par l'ASTS à Fontenay-sous-Bois sur le thème « Énergie, les choix du développement ».
Malgré ces lauriers, les jeunes filles restent modestes et songent sérieusement à leur avenir. C'est peut-être là que leur avis diverge. Swanny Fouchard, originaire de la côte normande, baigne dans l'univers de la mer depuis l'enfance. « C'est à Caen que j'ai effectué, après une année de faculté de pharmacie, un Deug de bio, une licence et une maîtrise portant sur l'étude des populations et des écosystèmes marins avec plusieurs stages dans des stations marines, à Brest, Concarneau… J'aime cette thématique scientifique et les espaces côtiers », confie-t-elle.
Elle souhaiterait pouvoir poursuivre son travail au-delà de sa thèse au sein d'un organisme de recherche français. En revanche, pour Laurence Pottier, née en région parisienne, l'avenir peut être partout. Elle se dit « libre comme l'air » et se voit en poste dans des grandes villes européennes. Et cette diplômée d'une école d'agroalimentaire nantaise (ENITIAA4), spécialisée en génie des procédés, n'est ni contre l'enseignement qu'elle commence à dispenser au sein de la faculté, ni contre intégrer le GEPEA ou un laboratoire étranger si elle en a la chance. Mais pour l'heure, ce qui compte pour ces demoiselles, c'est leur thèse. Cap donc sur la soutenance en septembre 2005. Les algues sont leur carburant.

Stéphanie Bia

Notes :

1. UMR CNRS 6144.
2. Voir Journal du CNRS, n°160-161, « Énergies renouvelables, Sur la piste de l'hydrogène ».
3. Association « Science Technologie Société ».
4. École nationale d'ingénieurs des techniques des industries agricoles et alimentaires.

Contact

Swanny Fouchard et Laurence Pottier
GEPEA, Nantes
swanny.fouchard@physique.univ-nantes.fr
laurence.pottier@physique.univ-nantes.fr


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