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L'Académie des technologies : « Soyez révolutionnaires, soyez ingénieurs »

Pour que l'élu et le citoyen ne soient pas désemparés face aux choix industriels, une instance formée d'experts indépendants, réunie sous l'égide de l'Académie des technologies, informe et éclaire…

« Mettre les technologies au service de l'homme » : tel est l'objectif que s'est donnée l'Académie des technologies, lors de sa création, il y a un peu plus de trois ans. À l'époque, une petite équipe de quelques industriels et une poignée de chercheurs  formaient le Cadas (Conseil pour les applications de l'Académie des sciences), dont la mission était de réfléchir, au sein de l'Académie des sciences, aux questions relatives à la technologie. Or, au vu des activités foisonnantes du Cadas, Jacques-Louis Lions, alors président de l'Académie des sciences, a décidé de doter la France d'une structure appropriée, à l'instar des autres pays développés qui disposaient, depuis plusieurs décennies déjà, d'Académies d'ingénieries. C'est ainsi qu'est née l'Académie des technologies, sous l'aile protectrice de sa sœur aînée et en parfaite harmonie et complicité avec elle. Depuis, ses 200 membres – 140 titulaires élus pour une durée de cinq ans et 60 émérites ayant plus de 70 ans – œuvrent pour que l'adage de cette toute jeune institution ne devienne pas un vœu pieux…
Ainsi, des personnalités aussi différentes que des explorateurs, muséologues, économistes, juristes, philosophes, mais aussi des archéologues, industriels et directeurs de recherche CNRS, mettent leurs compétences en commun pour débattre des questions soulevées par l'industrialisation galopante de nos sociétés : certaines d'entre elles préoccupent individuellement les membres, qui en font part alors en séance plénière. D'autres sont des saisines gouvernementales. Elles peuvent porter sur des réflexions générales autour d'une politique énergétique – par exemple : « Quels paramètres constituent une grille d'analyse commune à toutes les questions concernant l'énergie ? » – ou encore sur une des faiblesses des petites et moyennes entreprises, comme la brevetabilité des logiciels  – « Sauvegarder les droits de la propriété intellectuelle est-elle compatible avec la vulnérabilité économique des petites entreprises ? »
Cependant, l'année 2003 a été marquée par des travaux menés à la demande du ministère de la Recherche : « Quelle méthodologie doit-on mettre en œuvre pour définir les orientations de la recherche française ? Comment à partir de cette approche donner plus de lisibilité à la politique engagée ? »  Autre thème d'actualité qui préoccupe les directeurs des laboratoires de recherche : « Quels indicateurs socio-économiques pertinents permettent de suivre le flux de jeunes scientifiques et ingénieurs français vers d'autres pays, notamment vers les USA ? » Après chaque débat, un compte-rendu est rédigé qui doit être soumis à l'approbation des membres.  Ainsi officialisé, ce « rapport de l'Académie des technologies » – avis consultatif – est remis aux pouvoirs publics.
Cependant, sagesse légendaire oblige, l'Académie a insufflé dans ses règles de fonctionnement des garde-fous qui sont les garants de son indépendance. Des règles qui la préservent de toute pression commerciale au bénéfice d'un groupe industriel ou professionnel. Il s'agit de la charte de qualité garante de l'éthique. Elle mentionne notamment « que les jugements d'ordre technique ou technico-économique devront être accompagnés d'une interrogation sur les implications pour la personne humaine. » Autre gage d'indépendance : l'Académie est financée en partie par le ministère de la Recherche, mais aussi par un cercle de partenaires industriels très variés.
Autonome, mais en prise directe avec les sphères industrielle, scientifique et économique, experte sans être partisane, elle entend bien jouer un rôle prépondérant auprès des jeunes afin de relancer l'intérêt pour les études scientifiques. En somme, elle fait sienne la devise de l'Académie suisse : « Soyez révolutionnaires, soyez ingénieurs ! »

Azar Khalatbari
Le Président de l'Académie, Jean-Claude Lehmann, est aussi directeur scientifique de Saint-Gobain.

Contact

Marie-Lise Chanin
Service d'aéronomie, Verrières-le-Buisson
marie-lise.chanin@aerov.jussieu.fr
Christian Bordé
Laboratoire de Physique des lasers, Paris
borde@lpl.univ-paris13.fr


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