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Relations Internationales

La recherche par-delà les frontières

Actions structurées à l'étranger, aide budgétaire, règles de propriété intellectuelle, accueil de chercheurs étrangers, etc. , Jean-Luc Clément, directeur des relations internationales, fait le point sur les liens du CNRS avec les différents pays partenaires.

« La science étant par essence internationale, pourquoi une Direction des relations internationales au CNRS ?
Jean-Luc Clément : L'avancée des connaissances transcende effectivement les frontières. Ceux qui, pour des raisons idéologiques, ont voulu enfermer leur recherche à l'intérieur d'un espace exclusivement national l'ont « tuée » ! On ne peut pas imaginer une science vivante, efficace et productrice de richesses déconnectée du reste de la communauté internationale. La meilleure preuve en est qu'à l'heure actuelle, presque la moitié des publications du CNRS, hors sciences humaines et sociales, est cosignée avec des auteurs appartenant à des organismes de recherche étrangers (américains, asiatiques… ) et un tiers cosigné avec des auteurs européens. La mission de la DRI consiste donc à renforcer la compétitivité des laboratoires en mettant en place des actions structurées sur des thèmes prioritaires et en ciblant certains pays. Ces actions sont menées systématiquement avec des partenaires étrangers (les organismes de recherche, académies, universités… ).

– La plupart de ces coopérations ne se mettent-elles pas spontanément en place, sur l'initiative des chercheurs eux-mêmes ?
J.-L.C. : Oui, généralement de manière informelle, et c'est souvent le point de départ de collaborations plus formalisées. Nous intervenons en aval pour mieux inscrire ces actions dans une politique cohérente à moyen et à long terme, pour affiner des stratégies de collaboration en leur donnant un « coup de pouce » budgétaire. Le rôle de la Direction des relations internationales est aussi d'inciter les chercheurs à engager des collaborations internationales dans des domaines scientifiques prioritaires pour le CNRS. Chose capitale, tous les projets de coopération, d'une durée de trois ou quatre ans, sont systématiquement co-financés et co-évalués. Nous ne travaillons pas « sur » un pays, mais « avec » un pays, via leurs organismes de recherche.

– Quelles mesures concrètes avez-vous prises depuis votre entrée en fonction ?
J.-L.C. : J'ai confié la responsabilité des quatre secteurs géographiques de la DRI (Europe, Amériques, Afrique / Moyen-Orient, Asie / Pacifique) à des chercheurs ou à des ingénieurs ayant exercé des responsabilités au sein d'unités de recherche ou de structures administratives. Une solide expérience du terrain permet de cerner plus finement les attentes des équipes et de dialoguer plus efficacement avec nos partenaires. Par ailleurs, pour assurer une répartition équitable des valorisations issues des recherches menées en partenariat, chacun des accords que nous signons comporte désormais des règles de propriété intellectuelle. C'est le cas également pour toutes les mises à disposition de chercheurs du CNRS dans des laboratoires étrangers. Enfin, le CNRS privilégie dorénavant les actions structurantes sur projets scientifiques au travers des différents outils mis en place avec nos partenaires (réseaux, laboratoires internationaux associés, programmes internationaux de coopération, etc. ), plutôt que les échanges de courte durée qui relèvent majoritairement des directeurs d'unité.

– La Chine constitue-t-elle une de vos « cibles » privilégiées ?
J.-L.C. : Oui. Ce grand pays montre une vitalité scientifique fulgurante. Doté d'équipes scientifiques de très grande qualité, il est en passe de devenir une des toutes premières puissances scientifiques du monde. Par ailleurs, il rapatrie progressivement ses élites scientifiques des États-Unis et d'Europe et s'ouvre ainsi de plus en plus aux coopérations scientifiques. Un vivier de chercheurs de première force se constitue là-bas et la France, associée à ses partenaires européens, doit accroître ses coopérations avec la communauté scientifique chinoise.

De quels outils disposez-vous pour accroître la force de frappe scientifique de l'Europe ?
J.-L.C. : Pics1, LEA2, GDRE3, UMI4, Fondation européenne de la science, etc. : les moyens d'action ne manquent pas ! Ces outils ne sont d'ailleurs déjà plus les nôtres puisqu'ils résultent d'ajustements progressifs avec nos différents partenaires. Le CNRS a aussi fait de gros efforts pour être présent dans le 6e PCRDT (Programme cadre de recherche et développement technologique) dont les premiers résultats dépassent nos espérances. Pas question de crier victoire, mais nous avons le ferme espoir de piloter dans les années qui viennent des réseaux d'excellence de première importance, structurant ainsi l'Europe de la recherche. La France, à cette occasion, est passée devant l'Angleterre, presque à égalité avec l'Allemagne.

– L'Europe, à vos yeux, ne se limite pas pour autant à l'Union européenne ?
J.-L.C.
: Mes prédécesseurs ont eu la grande sagesse de ne pas séparer l'Europe communautaire, à géométrie variable, de l'Europe plus…  internationale, qui couvre une zone allant de l'Islande à l'Oural. La Russie et les pays d'Europe orientale pour nous, c'est l'Europe ! Nous avons dernièrement signé des accords avec la Bulgarie, l'Ukraine, ou la Biélorussie…

– Comment, enfin, intensifier la mobilité des chercheurs français, jeunes et moins jeunes ?
J.-L.C. : Notre rôle est d'abord de les inciter à coopérer avec des laboratoires d'excellence aux États-Unis, mais aussi en Asie, en Europe… La construction de l'Europe scientifique élargie n'est en effet possible que parce que les chercheurs du CNRS ont voulu, depuis longtemps, travailler avec leurs partenaires des pays en voie d'adhésion. Pour aider les chercheurs à partir à l'étranger, nous mettons tout en œuvre pour que leur mobilité, lorsqu'elle est accompagnée d'un projet jugé stratégique pour le CNRS, se fasse dans les conditions les plus favorables. Je souhaite aussi que cette mobilité soit mieux prise en compte dans la carrière du chercheur. D'autre part, le CNRS doit favoriser l'accueil des meilleurs chercheurs étrangers dans ses laboratoires. Actuellement, plus de 12 % des agents statutaires au CNRS possèdent un passeport étranger, mais nous devons développer encore plus l'accueil des jeunes talents du monde entier. »

Propos recueillis par Philippe Testard-Vaillant

Notes :

1. Programmes internationaux de coopération scientifique, d'une durée de trois ans, non renouvelables.
2. Les Laboratoires européens associés sont des « laboratoires sans murs » qui regroupent des équipes appartenant à deux ou plusieurs pays européens.
3. Un groupement de recherche européen réunit des laboratoires publics ou privés formant ainsi un réseau de recherche.
4. L'unité mixte internationale est une nouvelle structure opérationnelle de recherche.

Contact

Claude-Isabelle Chauvel
Direction des relations internationales
isabelle.chauvel@cnrs-dir.fr
www.cnrs.fr/DRI


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