
Le constat est sans appel : « Aucun modèle exploité de façon opérationnelle n'a été en mesure de prévoir à échéance de trois mois l'apparition de la vague de chaleur de l'été dernier ». C'est dans un article destiné aux Comptes rendus de l'Académie des sciences, que des ingénieurs de Météo France et du Cerfacs à Toulouse1 ont donné leur analyse de cet échec. On sait aujourd'hui que la canicule de l'été 2003 s'est traduite par des vagues successives de chaleur dépassant de 3 à 5 degrés les températures normales de la saison en France, en Allemagne et en Italie. En France, elle s'est surtout manifestée pendant la première quinzaine d'août où les températures maximales journalières se sont élevées d'environ 12° au-dessus des normales, de 6° pour les minimales, et ce, pendant 10 jours consécutifs. C'est cette durée exceptionnelle qui fait de cet épisode le plus intense jamais observé depuis que des mesures de températures sont collectées. Si des prévisions saisonnières comme celles réalisées au 1er mai 2003 avec le modèle de Météo France montraient de fortes chaleurs pour les mois de juin, juillet et août, elles n'ont pas été confirmées un mois plus tard. Pourquoi ? Les climatologues pensaient qu'une anomalie de température de surface océanique constatée entre les mois d'avril et de juillet 2003 dans l'Atlantique nord2 avait peut-être mal été prise en compte par les modèles. Or, elle pouvait être considérée comme l'un des précurseurs de cette vague de chaleur. Mais lorsqu'ils ont voulu vérifier a posteriori cette hypothèse, les chercheurs ont constaté que même si les modèles avaient connu exactement la température de surface de l'océan, ils n'auraient pourtant pas permis d'améliorer la prévision de l'événement en 2003.
Conclusion : les causes de l'apparition de la vague de chaleur ne peuvent se réduire à cette « simple » anomalie, certainement nécessaire mais pas suffisante. Des phénomènes complexes d'interactions entre l'océan et l'atmosphère encore mal connus par les climatologues et mal pris en compte dans les modèles sont probablement en jeu.
F.I.
1. Jean-Claude André et Philippe Rogel, du Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique (Cerfacs), et Michel Dequé et Serge Planton du Centre national de recherche météorologique de Météo France.
2. Des anomalies de température de l'ordre de 2 à 3°, négatives dans une zone étendue allant du large de Terre-Neuve au large de l'Irlande et positives autour de cette zone, en particulier entre l'Europe du Nord et le Groenland