
© J.M. Krief
Silhouette frêle et allure estudiantine, Sabrina Krief – 30 ans – n'a rien d'une baroudeuse. Qui l'imaginerait sur les traces des chimpanzés, en pleine brousse ougandaise ? « J'ai toujours aimé voyager et les grands singes me passionnent depuis longtemps. Pendant mes études de vétérinaire, je travaillais en cabinet en tant qu'assistante et j'ai eu envie d'essayer autre chose. » Le déclic, c'est une expédition au Congo, en 1996, lors de sa dernière année à l'école vétérinaire, pour observer le comportement alimentaire des chimpanzés réintroduits dans la nature.
Elle en revient taraudée de questions : comment ces animaux « savent-ils » éviter les plantes nocives ? Et choisir celles qui semblent les soigner ? Décidée à trouver des réponses, la jeune femme opte pour la recherche. Son objectif : identifier dans les plantes ingérées par les chimpanzés à des fins thérapeutiques, les métabolites secondaires1 actifs. Et à terme, les proposer en vue de créer de nouveaux médicaments. À l'Institut de chimie des substances naturelles (ICSN) de Gif-sur-Yvette qui lui a ouvert ses portes, elle s'initie, sous l'égide de Thierry Sévenet, directeur de recherche et pharmacien de formation, aux manips de chimie. « Il m'a fallu, se souvient-elle, tout apprendre, ce qui a été le plus difficile au début de ma thèse. D'autant que mes histoires de chimpanzés faisaient un petit peu sourire dans les couloirs… ». Elle obtient sa thèse en septembre 2003.
En quête de matière première pour ses éprouvettes, elle doit alterner paillasse et missions en Ouganda – encadrées par Claude Marcel Hladick, écoprimatologue au Muséum national d'Histoire naturelle – où elle partira pour la première fois en 1999, juste après son DEA d'écologie. Direction le parc naturel du Kibale, au sud-ouest du pays, un cadre exceptionnel pour faire des recherches. Notamment sur l'automédication des primates sauvages.Comme cette femelle atteinte de troubles digestifs et qui, un matin, s'isole de son groupe pour aller mastiquer quelques écorces d'Albizia, un arbuste a priori jamais consommé par ces grands singes. Ayant recueilli ses excréments, la chercheuse y découvre des parasites en

© J.M. Krief
Ce chimpanzé « choisit » les fruits de Ficus capensis pour ses vertus thérapeutiques.
Patricia Chairopoulos
1. Alcaloïdes, tanins et autres substances a priori non indispensables aux fonctions vitales d'une plante.
Sabrina Krief
ICSN, Gif-sur-Yvette
sabrina.krief@icsn.cnrs-gif.fr