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Chimie

Des hublots toujours propres

Elles ont passé cinq mois sous la mer, en rade de Brest, mais elles sont encore étonnamment propres, sans aucune de ces traces vertes caractéristiques, formées de bactéries et d'algues. Elles, ce sont les vitres mises au point par le laboratoire Lise1 de Jussieu et l'Ifremer2. Pour les nettoyer, nul besoin d'envoyer des plongeurs, ce sont en quelque sorte des fenêtres autonettoyantes : elles transforment l'eau de mer proche de leur surface en eau de Javel, et tuent ainsi les organismes vivants qui voudraient les envahir. Ces hublots d'un genre tout nouveau pourraient bientôt équiper de très nombreux engins qui utilisent des caméras : des sous-marins aux installations de surveillance portuaire en passant par les appareils de mesure optique. Pour arriver à ce résultat utile, les chercheurs ont exploité un phénomène bien connu, l'électrolyse de l'eau salée, qui conduit, entre autres, à la production d'eau de Javel. Mais pour créer une telle réaction, il fallait que la vitre elle-même joue le rôle d'une électrode qui transforme les ions chlorures de l'eau de mer en chlore libre. « Nous avons alors eu l'idée de déposer à la surface du verre, sous forme d'un spray, une fine couche de dioxyde d'étain3, explique Hubert Cachet, du Lise. Pourquoi un tel composé ? Parce qu'il est à la fois transparent et conducteur de courant. » En somme, les deux qualités requises pour faire un bon « hublot-électrode ».
Les premiers tests effectués par l'Ifremer dans la rade de Brest, en mer Baltique et dans le détroit du Bosphore ont montré l'efficacité de la protection électrochimique des hublots, contre les salissures marines ainsi que sa faible demande en énergie. « On arrive à une consommation électrique de l'ordre de 10 mW/cm2, précise Dominique Festy de l'Ifremer. Et on peut la réduire davantage en arrêtant l'électrolyse pendant une vingtaine de minutes toutes les heures. » Un atout vraiment indispensable quand on sait que ces hublots seront destinés à des systèmes autonomes susceptibles de rester immergés plusieurs mois.

Hublot sale

© Ifremer

Dépourvu de cette protection, le hublot est envahi par les algues et les bactéries.


hublot propre

© Ifremer

Le hublot qui libère de l'eau de Javel reste propre.


 

Julien Bourdet

Notes :

1. Laboratoire « Interfaces et systèmes électrochimiques », CNRS et université Pierre et Marie Curie.
2. Institut français de recherche pour l'exploitation durable de la mer.
3. La vitre est recouverte de deux couches de dioxyde d'étain : une avec du fluor pour augmenter la conductivité, et une avec de l'antimoine pour faciliter l'électrolyse et allonger la vie du système.

Contact

Hubert Cachet et Bernard Tribollet, Lise, Paris
huc@ccr.jussieu.fr et
bt@ccr.jussieu.fr
Dominique Festy
Ifremer, centre de Brest, service « Matériaux et structures », Plouzané, dfesty@ifremer.fr


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