
Mission Rosetta
La sonde Rosetta : lancé dans quelques semaines, l'engin de trois tonnes déploiera ses 14 mètres d'envergure pour voyager toute une décennie dans l'espace.
© ESA/AOES Medialab
Mai 2014. La comète Churymov-Gerasimenko flotte quelque part entre Mars et Jupiter. Elle est de couleur sombre et mesure environ cinq kilomètres sur trois. Comme elle se trouve à quelques 600 millions de kilomètres du soleil, ce n'est qu'un corps froid, à peu près inerte. Elle est dépourvue de cette formidable queue fluorescente faite de gaz et de poussières qui ne se forme que lorsque son orbite elliptique la rapproche de la chaleur de notre étoile. Mais voici qu'un drôle d'engin s'approche d'elle : un parallélépipède d'environ deux mètres de côté muni de larges panneaux solaires qui forment deux longues ailes de quatorze mètres. C'est la sonde Rosetta qui vient la rejoindre et faire avec elle un bout de chemin. Quelques mois après cette rencontre, un petit robot d'une centaine de kilos s'éjectera de l'engin pour aller atterrir sur le noyau cométaire. Une première dans l'histoire de l'exploration spatiale.

© ESA-Service Optique CSG
Une équipe du Centre spatial guyanais (CSG de Kourou) teste, en septembre 2002, l'atterrisseur de Rosetta, qui se posera sur le noyau de la comète Churymov-Gerasimenko en 2014.

© CNES, illustration S.Rouquette 2003
La trajectoire de Rosetta : comme une pierre lancée par une fronde, Rosetta quittera son orbite terrestre en 2005, pour survoler Mars en 2007. Après un retour près de la Terre, elle aura, 5 ans après son décollage, assez d'élan pour atteindre la comète Churymov-Gerasimenko, but de sa mission, en 2014.
La sonde et le petit atterrisseur portent un total de vingt-deux instruments scientifiques – un record pour un engin spatial – conçus et réalisés par un groupement de laboratoires et d'instituts européens et américains où les Français occupent une place importante1. Caméras infrarouges, spectromètres pour toutes les longueurs d'onde, détecteurs sismiques, microscopes… Aucun angle d'étude n'a été négligé ! L'IAS, Institut d'astrophysique spatiale basé à Orsay2 a participé à la réalisation de trois instruments :
1 – Civa, un appareil d'imagerie panoramique et de microscopie infrarouge placé à bord de l'atterrisseur pourra révéler la composition, la texture et l'albédo3 des échantillons recueillis sur le noyau.
2 – Cosima (Cometary Secondary Ion Mass Analyzer), un spectromètre de masse qui restera sur le module en orbite, analysera des matériaux éjectés du noyau : des grains minéraux (silicates, carbonates…) ou organiques. La résolution de Cosima devrait permettre d'identifier leur composition (élémentaire, isotopique, moléculaire et minéralogique).
3 – Virtis (Visible and Infrared Thermal Imaging Spectrometer), lui aussi placé sur l'orbiteur, cartographiera le noyau et identifiera les constituants de la surface (glaces, minéraux, molécules organiques) et les molécules présentes dans l'atmosphère cométaire, le coma. Il suivra avec attention l'activité de la comète tout au long de la mission et permettra aussi de définir le meilleur endroit où poser l'atterrisseur.

© Astrium - Erik Viktor
Sur cette illustration (vue d'artiste), qui représente le noyau de la comète Churymov, la sonde Rosetta survole son atterrisseur, peu après qu'il se soit posé.
Sebastián Escalón
1. Les laboratoires français impliqués dans la mission Rosetta sont les suivants : CESR, CSNSM, Demirm, Despa, GRGS, IAS, IPG, Lam, LPG, Lis, Lisa, LPCE, OMP, SA.
2. L'IAS est un institut commun au CNRS et à l'université Paris XI.
3. L'albédo est la fraction de lumière que renvoie un corps non lumineux. En l'occurrence, c'est le rapport entre la lumière du soleil reçue par la comète et celle qu'elle renvoie.
Jean-Pierre Bibring, IAS, Orsay
bibring@ias.u-psud.fr