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Biologie de l'évolution

Attirés par la chaleur du philodendron, les scarabées viennent se nourrir et s'y reproduire.

Auprès de ma fleur, qu'il fait bon...

Dans les forêts tropicales de Guyane, il existe de vrais petits nids douillets pour les scarabées de l'espèce Cyclocephala colasi : ce sont des fleurs, les Philodendron solimoesense. Dès la tombée de la nuit, les insectes investissent par dizaines, l'inflorescence pour se reproduire et se nourrir du pollen. Il faut dire que le lieu est chauffé. En effet, les philodendrons produisent naturellement de la chaleur, certaines zones pouvant atteindre 40°C ! Ce phénomène avait été décrit par Lamarck dès 1778. Aujourd'hui, les biologistes Roger Seymour de l'université d'Adélaïde (Australie) et Marc Gibernau du Laboratoire d'évolution et diversité biologique1 montrent en quoi cette chaleur est réellement indispensable aux scarabées. D'après eux, elle leur permettrait d'économiser jusqu'à 4,8 fois l'énergie qu'ils dépenseraient à l'extérieur de la plante, là où la température est plus basse2.
Pour arriver à ces conclusions, les deux chercheurs ont placé un à un plusieurs scarabées dans une petite boîte isotherme. Ils leur ont alors envoyé de l'air plus ou moins chaud qu'ils ont analysé à la sortie de la boîte. Résultat : plus la température augmente, moins les insectes ont besoin de consommer d'oxygène et donc de puiser dans leurs réserves énergétiques pour être actifs3. « Les scarabées, qui craignent la lumière, ne sont actifs que la nuit, explique Marc Gibernau. En cette période fraîche de la journée, ils ont donc tout intérêt à trouver un lieu chauffé. »
Mais n'allez pas croire que seuls les insectes sont gagnants dans l'histoire. Si la fleur attire les scarabées et les tient au chaud, c'est d'abord pour pouvoir se reproduire. En effet, note le biologiste, « quand les insectes arrivent, ils sont couverts du pollen d'une autre fleur de la même espèce. À la recherche de leur partenaire sexuel, ils sont très actifs et se déplacent sur toute la surface de l'inflorescence, en fécondant les fleurs femelles. » Pour les chercheurs, c'est un exemple surprenant de co-adaptation. Reste à savoir quelle est la cause et quel est l'effet : autrement dit, si cette caractéristique du philodendron précède ou non, le comportement des scarabées ?

Julien Bourdet

Notes :

1. Unité mixte de recherche CNRS-université Paul Sabatier.
2. Travaux publiés dans la revue Nature du 20 novembre 2003.
3. Les scarabées sont endothermes : ils maintiennent leur température à 37°C. Les mesures ont été effectuées pour des températures allant de 20°C à 35°C.

Contact

Marc Gibernau
Laboratoire d'évolution et diversité biologique, Toulouse.
gibernau@cict.fr
Consulter le site web
equipe3/MG/mg.htm


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