
ITINERAIRE
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« La première fois, je suis venu en France pour une raison professionnelle. Mais c'est celle qui allait devenir ma femme qui m'a fait revenir », livre avec un sourire complice Lawrence Aggerbeck, directeur du Centre de génétique moléculaire (CGM) de Gif-sur-Yvette. Cet Américain de 58 ans a fait ses études à l'université de Chicago dans l'Illinois. Il mène alors de front des études de biochimie et de médecine. Ses recherches sur les lipoprotéines1 du sérum humain, dans le cadre de son doctorat de biochimie, le conduisent à collaborer avec le laboratoire de Victor Luzzati au CGM. Une coopération fructueuse puisqu'à l'issue de son doctorat, un stage post-doctoral lui est proposé au sein du laboratoire français. « Je ne connaissais ni la France, ni l'Europe. C'était pour moi l'occasion de découvrir ce continent ainsi que la recherche française. Alors, j'ai tenté l'aventure », commente le chercheur. Pendant deux ans, il travaille à Gif-sur-Yvette sur la structure des lipoprotéines qu'il étudie grâce aux rayons X et à la microscopie électronique. Mais, pour terminer ses études de médecine, il retourne faire son internat à Chicago. En 1979, c'est un nouveau départ pour la France, dont il ne partira plus. Avec son accent encore très prononcé, il explique en toute simplicité : « Lors de mon tout premier séjour, j'avais rencontré une jeune fille, elle était étudiante et travaillait aussi au CGM. Nous voulions vivre ensemble ». Mariés, ils s'installent près de Paris. Après deux autres années au CGM, alors financés par des bourses, tous deux sont recrutés comme chercheurs au CNRS. « Ce choix a déterminé ma carrière. En restant aux États-Unis, j'aurais été médecin. En France, je m'orientais vers la recherche fondamentale » avoue sans regret ce père de trois enfants, qui dirige aujourd'hui le laboratoire où il a été post-doctorant. De plus, il n'a pas totalement abandonné le domaine médical. Ses recherches portent en effet sur certaines anomalies génétiques qui empêchent la sécrétion des lipoprotéines et leur assemblage au cholestérol. Lawrence Aggerbeck cumule ainsi plus de vingt ans de recherche en France. Une expérience suffisamment longue pour lui permettre la comparaison avec le système américain : « D'abord, explique le chercheur, la gestion de la recherche est différente. Aux USA, les programmes sont surtout financés par appels d'offres et, à la différence de la France, les salaires des chercheurs sont très souvent inclus dans ces contrats. Une situation plus précaire pour les chercheurs car elle impose l'enchaînement continu des contrats. Par ailleurs, je ne perçois pas le lien entre les laboratoires et l'université de la même façon. Aux États-Unis, ils sont en majorité intégrés aux universités de sorte que les réseaux, notamment entre disciplines, s'établissent plus facilement. Du côté français, en revanche, le système offre davantage de stabilité aux chercheurs, situation qui peut aussi des inconvénients. »
Stéphanie Belaud
1. Ces protéines assurent le transport du cholestérol dans le sang entre les organes.
Lawrence Aggerbeck
Centre de génétique moléculaire, Gif-sur-Yvette
aggerbeck@cgm.cnrs-gif.fr