
D'un point de vue politique et stratégique, les relations entre la France et l'Allemagne ont rarement été aussi chaleureuses. Mais, peut-on en dire autant de la recherche ? Certainement ! Si l'Allemagne est le premier partenaire économique de la France, elle l'est aussi dans le domaine scientifique. Les cérémonies du 40e anniversaire du Traité de l'Élysée n'ont fait qu'affermir une coopération qui existe de longue date. Chaque année, en effet, laboratoires français et allemands, de part et d'autre du Rhin, réalisent ensemble 2 500 copublications. Et le CNRS participe à plus de la moitié d'entre elles.
La recherche allemande a toutefois une particularité : elle se fait pour l'essentiel dans le cadre de projets, évalués par des experts que nomment les organismes de recherche. Dans le même esprit, le Wissenschaftsrat, conseil des 32 « sages » qui siège à Cologne, donne ses recommandations à l'État fédéral et aux Länder pour le développement de la science et de l'enseignement supérieur. L'Allemagne, contrairement à la France, est un État fortement décentralisé où les Länder participent, pour près de la moitié, à l'effort de recherche (en dehors des quinze grands centres nationaux regroupés au sein de l'association Helmholtz, où cette part n'est que de 10 %). La recherche publique se fait au sein de deux types d'organismes : les universités, d'une part, qui dépendent des Länder et dont les projets de recherche sont financés par la Deutsche Forschungsgemein-schaft, alors agence de moyens ; et les grands organismes extra-universitaires d'autre part, tels que les instituts Max Planck, les centres Fraunhofer ou les laboratoires de l'association Leibniz. Ces entités, au nombre de cinq (voir encadré), sont les partenaires privilégiés du CNRS qui a signé de nouveaux accords de coopération scientifique avec quatre d'entre elles, dont trois en 2003. Les négociations avec la dernière, la Fraunhofer, sont en cours et devraient aboutir à une signature l'année prochaine. Ces accords officialisent la coopération de chercheurs français et allemands qui travaillaient déjà ensemble, au sein de projets structurés ou de façon informelle. Grâce aux nouveaux accords, c'est une vraie politique de projets qui s'instaure, politique à long terme, avec des clauses claires sur la propriété intellectuelle et un financement transparent et adapté aux différents systèmes administratifs. Les laboratoires s'organisent également pour utiliser en commun les très grands équipements, comme ceux du Ganil1 à Caen et du GSI2 à Darmstadt.
Ainsi, la coopération franco-allemande préfigure ce que sera l'espace européen de la recherche. Bien souvent en effet, lorsqu'un projet franco-allemand fonctionne bien, de nouveaux partenaires européens (anglais, espagnols, italiens, luxembourgeois, polonais…) viennent s'y ajouter. Pour la recherche scientifique, plus encore qu'en économie, nous pouvons donc parler de moteur franco-allemand de l'Europe !
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Partenaires |
En chiffres
> Budget total du secteur R&D (public et privé) de l'Allemagne en 2000 : 50,1 milliards d'euros, soit 2,48 % du PIB.
> 480 400 personnes travaillent dans l'ensemble du secteur, parmi lesquelles 25 500 chercheurs, dont 24 % de femmes.
> 8,7 milliards d'euros du financement de la recherche publique proviennent de l'État fédéral et 7,9 milliards des Länder.
> 2 572 copublications France/Allemagne, parmi lesquelles 1 307 copublications du CNRS (soit 51 %).
> 700 000 euros : budget de la coopération du CNRS avec l'Allemagne dans le cadre des Pics, Lea et GRD (Programmes internationaux de coopération scientifique, Laboratoire européen associé et Groupement de recherche européen).
> 62 programmes structurés entre le CNRS et des partenaires allemands, dont plus de la moitié en chimie.
Sebastián Escalón
1. Le Ganil, grand accélérateur national d'ions lourds, permet de mener des recherches nucléaires fondamentales.
2. Le GSI est un centre de recherche allemand, qui, comme le Ganil, utilise des faisceaux d'ions lourds pour étudier la structure de la matière.
Bernard Heusch
Responsable du bureau
CNRS - Allemagne
cnrs.bonn@t-online.de