
Biologie
Œuf de protée. La femelle pond 10 à 80 œufs par portée. Ils se développent en six mois et deviennent adultes entre 14 et 18 ans.
© Jacques Durand/CNRS Photothèque

© CNRS
Si l'élevage comporte aujourd'hui quelques six cent spécimens dont on connaît désormais bien les caractéristiques, ils se raréfient dans leur environnement naturel. Dans les massifs calcaires de Slovénie et de Croatie, la pollution des eaux souterraines entraîne en effet localement la diminution des populations. Et Moulis, seul centre de recherche au monde où l'on maîtrise sa reproduction, constitue un véritable conservatoire de l'espèce. Du coup, le protée est un peu la mascotte du labo.
Mais l'originalité du site ne s'arrête pas là. Outre la grotte aménagée, le site CNRS comporte un laboratoire de surface où l'on étudie d'autres espèces rares et endémiques. Car la région, située sur un sol calcaire que le passage de l'eau a façonné en grottes et ruisseaux, abrite une diversité animale et végétale abondante. Des exemples : le collembole, un petit insecte du sol qui décompose la litière. Ou encore le desman, petite taupe très fragile qui vit sur les berges des rivières et que l'on étudie depuis cinquante ans. On s'intéresse aussi au rhododendron qui colonise les espaces pyrénéens autrefois pâturés. Car on voudrait comprendre comment sa floraison massive influe sur le succès reproducteur, la densité et la distribution des autres espèces.

© A. Pornon/CNRS
Rhododendron en fleurs dont on étudie les stratégies de reproduction et la dynamique
de colonisation.

© L. Deharveng/CNRS Photothèque
Collembole Monobella grassei (adultes et juvéniles). Le collembole est une espèce rare des Pyrénées qui vit dans les litières forestières. L'adulte mesure 1,5 mm à 2,5 mm de long. Quatorze espèces ou sous-espèces sont connues. Douze d'entre elles, repérées uniquement dans les Pyrénées, ont été découvertes récemment.
En janvier 2003, le laboratoire de Moulis a acquis un nouveau statut1. Et déjà d'autres projets se dessinent. L'un d'eux fera appel à la connaissance parfaite des eaux souterraines du karst qu'a acquise l'équipe. En installant des rivières artificielles, on pourra suivre le niveau de contamination du milieu, ou mettre en évidence les conséquences des perturbations anthropiques2 sur les organismes, les populations et l'écosystème. Un nouveau souffle pour ce site qui fut le tout premier laboratoire souterrain du CNRS et demeure, à ce jour, unique en son genre.
Stéphanie Belaud
1. Il est devenu le plateau technique de la Fédération de recherche en écologie de Toulouse, dirigée par Thierry Gauquelin. Cette fédération regroupe cinq laboratoires : le Laboratoire d'écologie des hydrosystèmes (LEH), le Laboratoire « Évolution et diversité biologique » (EDB), le Laboratoire de dynamique de la biodiversité (Lady Bio), le Centre d'études spatiales de la biosphère (Cesbio) et le Laboratoire « Dynamique forestière » (Dynafor).
2. Modifications physiques et chimiques liées à l'homme, susceptibles d'avoir une influence sur les communautés animales ou végétales (pollutions, augmentation de la température, modification de l'environnement végétal).
Thierry Gauquelin
Fédération de recherche en écologie de Toulouse
gauqueli@cict.fr