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Biologie

Œuf de protée. La femelle pond 10 à 80 œufs par portée. Ils se développent en six mois et deviennent adultes entre 14 et 18 ans.

Visite dans le monde obscur des cavernes

Aux abords de Moulis, au pied des Pyrénées ariégeoises, l'environnement offre une faune et une flore si riches et des atout géologiques tels, que les chercheurs du CNRS ont implanté une plate-forme d'études fort surprenante. À quelques pieds sous terre, en effet, un laboratoire niché dans une grotte abrite un animal méconnu : le protée. Mais ce n'est pas tout… Visite d'un lieu unique en son genre.

carte_moulis

© CNRS


D'abord, on longe un chemin au pied d'une colline boisée jusqu'à une porte blindée, encastrée dans le talus. On tape un code et elle s'ouvre sur un long couloir artificiel — 50 mètres environ -— qui rejoint les galeries d'une grotte naturelle. L'atmosphère est humide et fraîche : pas plus de 11°C. Là, dans la première salle puis dans les suivantes, des aquariums se succèdent sur 500 mètres. À l'intérieur, des dizaines de petits « serpents » aquatiques albinos, des protées, se cachent derrière les pierres lorsqu'on pointe sur eux la lumière d'une lampe torche. Cet amphibien des cavernes ne vit que dans deux endroits au monde : la région karstique des côtes slovènes et croates, son habitat naturel et ici, à Moulis dans l'Ariège, où il a été introduit dans les années cinquante. À cette époque, entomologistes et biologistes veulent en savoir plus sur ces habitants des grottes obscures. Leur description physique ne suffit plus. Ils souhaitent étudier leur physiologie, leur embryologie, leur environnement et leur éthologie. Pour cela, indispensable de trouver un lieu où ces animaux pourront être scrutés à loisir. La grotte de Moulis située au coeur d'une région riche en cavités souterraines et traditionnellement consacrée à la biospéléologie réunit les conditions nécessaires. En 1950, elle est ainsi aménagée pour accueillir scientifiques et matériel de recherche. Peu de temps après, quelques spécimens sauvages de protées en provenance de Slovénie sont installés. Sous l'œil et les instruments des scientifiques, l'animal dévoile ses us et coutumes. Le protée qui mesure jusqu'à 30 cm de long peut vivre jusqu'à 100 ans. Sa peau totalement dépigmentée, en raison de l'absence de lumière, lui donne une teinte blanc-rosé. Il vit dans l'eau en permanence, et uniquement en eaux souterraines. Aveugle, il ne possède que des vestiges d'œil, mais perçoit les vibrations de l'eau. Une longue nageoire à l'extrémité de sa queue, aplatie et mince, fait de lui un excellent nageur. Mais le protée est aussi doté de caractères terrestres. Ses deux membres antérieurs, par exemple, se terminent par trois doigts et les deux postérieurs par deux orteils. Pas assez robustes toutefois, pour qu'il puisse s'extraire de l'eau et marcher. Et les poumons dont il est pourvu ne sont pas fonctionnels. Aussi dit-on qu'il a manqué son passage de la vie aquatique à la vie terrestre.

Si l'élevage comporte aujourd'hui quelques six cent spécimens dont on connaît désormais bien les caractéristiques, ils se raréfient dans leur environnement naturel. Dans les massifs calcaires de Slovénie et de Croatie, la pollution des eaux souterraines entraîne en effet localement la diminution des populations. Et Moulis, seul centre de recherche au monde où l'on maîtrise sa reproduction, constitue un véritable conservatoire de l'espèce. Du coup, le protée est un peu la mascotte du labo.
Mais l'originalité du site ne s'arrête pas là. Outre la grotte aménagée, le site CNRS comporte un laboratoire de surface où l'on étudie d'autres espèces rares et endémiques. Car la région, située sur un sol calcaire que le passage de l'eau a façonné en grottes et ruisseaux, abrite une diversité animale et végétale abondante. Des exemples : le collembole, un petit insecte du sol qui décompose la litière. Ou encore le desman, petite taupe très fragile qui vit sur les berges des rivières et que l'on étudie depuis cinquante ans. On s'intéresse aussi au rhododendron qui colonise les espaces pyrénéens autrefois pâturés. Car on voudrait comprendre comment sa floraison massive influe sur le succès reproducteur, la densité et la distribution des autres espèces.

fleurs roses

© A. Pornon/CNRS

Rhododendron en fleurs dont on étudie les stratégies de reproduction et la dynamique
de colonisation.


Collembole Monobella

© L. Deharveng/CNRS Photothèque

Collembole Monobella grassei (adultes et juvéniles). Le collembole est une espèce rare des Pyrénées qui vit dans les litières forestières. L'adulte mesure 1,5 mm à 2,5 mm de long. Quatorze espèces ou sous-espèces sont connues. Douze d'entre elles, repérées uniquement dans les Pyrénées, ont été découvertes récemment.


 

En janvier 2003, le laboratoire de Moulis a acquis un nouveau statut1. Et déjà d'autres projets se dessinent. L'un d'eux fera appel à la connaissance parfaite des eaux souterraines du karst qu'a acquise l'équipe. En installant des rivières artificielles, on pourra suivre le niveau de contamination du milieu, ou mettre en évidence les conséquences des perturbations anthropiques2 sur les organismes, les populations et l'écosystème. Un nouveau souffle pour ce site qui fut le tout premier laboratoire souterrain du CNRS et demeure, à ce jour, unique en son genre.

Stéphanie Belaud

Notes :

1. Il est devenu le plateau technique de la Fédération de recherche en écologie de Toulouse, dirigée par Thierry Gauquelin. Cette fédération regroupe cinq laboratoires : le Laboratoire d'écologie des hydrosystèmes (LEH), le Laboratoire « Évolution et diversité biologique » (EDB), le Laboratoire de dynamique de la biodiversité (Lady Bio), le Centre d'études spatiales de la biosphère (Cesbio) et le Laboratoire « Dynamique forestière » (Dynafor).
2. Modifications physiques et chimiques liées à l'homme, susceptibles d'avoir une influence sur les communautés animales ou végétales (pollutions, augmentation de la température, modification de l'environnement végétal).

Contact

Thierry Gauquelin
Fédération de recherche en écologie de Toulouse
gauqueli@cict.fr


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