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Changement climatique

Une équipe positionne un GPS différentiel.

La preuve par les glaciers

Depuis le début de l'ère industrielle, le climat se réchauffe inexorablement. Une équipe(1) suit les effets de ce changement sur les glaciers polaires, qui rétrécissent à vue d'œil…

 

Un terrain à perte de vue, jonché de cailloux noirs, surmonté d'un ciel bleu. çà et là scintillent des langues de neige, qui rejoignent, au large, une immensité immaculée : les fameux glaciers éternels, à l'instar de ceux qui couvrent le sommet des chaînes de montagnes. Nous sommes à la base française Jean Corbel, au Spitzberg, territoire arctique appartenant à la Norvège, latitude 79 degrés, à quelques centaines de kilomètres du pôle Nord.

infrarouge

© Norsk Polarinstitutt

Ce cliché aérien infrarouge de la baie du Roi, au Spitsberg, témoigne du recul contemporain des glaciers dû au réchauffement climatique.


Malgré la relative clémence de l'été boréal, les chercheurs doivent parfois patienter une semaine avant de pouvoir travailler : les conditions météorologiques extrêmes qui règnent à ces latitudes ne permettent ni aux hélicoptères ni aux avions de voler tous les jours… Si les chercheurs clermontois ont troqué la silhouette ronde des montagnes d'Auvergne contre ce bout de terre désertique, c'est parce qu'ils espèrent apporter quelques bribes de réponses à une question très débattue : comment le réchauffement global a-t-il bouleversé les paysages terrestres ? Or, les petits glaciers du Spitzberg -—une des régions du globe les plus sensibles aux changements climatiques — recèlent de précieux indices pour suivre la modification du paysage depuis plus d'un siècle.
« Pour commencer, nous avons rassemblé des photos prises par les explorateurs polaires de la fin du XIXe siècle, afin de reconstituer le paysage d'antan, raconte Marie-Françoise André, professeur à l'université Blaise Pascal et directrice du laboratoire. Ensuite, nous disposons de clichés aériens à haute résolution, notamment dans l'infrarouge, qui retracent, dès 1948 et année après année, les fluctuations des fronts glaciaires. Ce travail effectué en partenariat avec des chercheurs norvégiens et polonais, et le soutien de l'Institut polaire Paul Émile Victor, nous a permis de constater le recul des langues glaciaires » (voir illustration).
lichen

© DR

Ce lichen est utilisé pour dater les surfaces rocheuses et mesurer le recul glaciaire.


Certaines d'entre elles ont déjà cédé plusieurs kilomètres… , preuve que le réchauffement climatique est à l'œuvre. Par ailleurs, là où la neige avait disparu, les chercheurs ont trouvé un précieux allié : une variété de lichen, le Rhizocarpon geographicum qui prend possession de l'espace et grossit lentement sous forme de cercles jaunes et noirs. C'est ainsi que les parties déglacées en 1880 présentent des lichens de 12  mm de diamètre. Là où le glacier vient tout juste de se retirer, les cailloux sont recouverts de cercles minuscules. « En combinant les données fournies par la taille des lichens, les photographies anciennes et les clichés aériens, nous avons pu reconstituer le recul du glacier de 1880 à nos jours… » Cette fonte a bouleversé le paysage : l'amincissement et le retrait des fronts glaciaires ont libéré de grosses quantités d'eaux. Des terres ont été ravinées, de la boue et des débris charriés en direction de la mer… D'où une progression du littoral « de 3 m/an, pendant les trente dernières années ». Alors que la tendance mondiale est à une élévation du niveau marin, ici, c'est la terre qui gagne sur la mer. « Notre travail confirme les effets du changement climatique global survenu depuis le début du XXe siècle, et permet d'en mesurer les conséquences sur le paysage » déclare Marie-Françoise André. En effet, au sein de l'espace laissé libre par le glacier, est apparue une végétation particulière. À quelle vitesse et comment ces espèces vont-elles coloniser le milieu ? C'est la question qui préoccupe aujourd'hui.

Azar Khalatbari

 

Notes :

1. Laboratoire «Géodynamique des milieux naturels et anthropisés» de Clermont-Ferrand.

Contact

Marie-Françoise André
Laboratoire de Géodynamique des milieux naturels et anthropisés, Clermont-Ferrand
m-francoise.andre@univ-bpclermont.fr


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