
« J'ai toujours eu une approche très scientifique des produits de beauté ! »
© Régine Baudet / R&D LVMH
« Dès mes premiers traits de crayon sur les yeux, quand les filles découvrent le blush et les crèmes hydratantes, je me demandais pourquoi ces préparations produisaient tel ou tel effet… En fait, j'ai toujours eu une approche très scientifique des produits de beauté ! », sourit Nathalie Pons y Moll.
Depuis, la jeune docteur en chimie inorganique a largement percé ces mystères. Tous les jours, elle franchit le poste de garde d'un vaste bâtiment où s'inscrit en lettres d'or le nom d'un couturier à faire rêver les élégantes : Christian Dior. « Je suis coordinatrice au sein du département Recherche & Développement (R&D) des cosmétiques », explique la jeune femme au pas décidé. Après sa soutenance de thèse, six mois à peine lui ont suffi pour négocier un virage parfaitement maîtrisé, de la paillasse de son laboratoire CNRS à la prestigieuse maison de luxe du groupe LVMH1. Désormais, elle ne touche plus à la moindre éprouvette. « Si vous voulez un portrait type, il faut me représenter à une réunion, une pile de dossiers sous le bras ! », s'amuse-t-elle. Sa mission : soutirer aux fournisseurs toutes informations sur les nouvelles matières premières proposées, texturants et principes actifs. Puis commander aux chimistes maison, qui une étude de texture, qui une étude en toxicologie. Et compiler enfin ces données afin de réaliser de véritables « cartes d'identité chimique » de chaque substance, peut-être bientôt choisie comme nouvel ingrédient d'un anti-ride miracle.
Promenant sa silhouette d'un bureau à l'autre comme un poisson dans l'eau, entre les affiches de produits de luxe et les flacons de parfum géants factices, elle ajoute : « j'ai trouvé dans la R&D une mise en application idéale de la chimie, explique-t-elle. La recherche dans cette discipline m'a toujours passionnée, mais j'avais besoin d'en tirer des choses très concrètes ». Un besoin déjà pressenti lors de son passage en école d'ingénieur, et confirmé pendant sa thèse, à l'occasion de collaborations industrielles. D'abord avec le géant anglais du détergent, Unilever, à l'affût d'un détachant spécial taches de thé, puis avec Osaka Gas Company, spécialiste japonais des hydrocarbures, à la recherche d'un combustible propre. Ses « années labo » lui permettent aussi d'apprendre le langage des industriels et, bien sûr, celui des chercheurs. Le recruteur de la maison Dior y sera sensible… « Sinon, comment s'adresser aussi bien aux fournisseurs qu'aux chimistes dont je dois aujourd'hui coordonner les études ? », acquiesce la jeune femme. Sa curiosité naturelle (le propre du chercheur !), son aptitude à dénicher informations et contacts, et sa capacité à travailler en équipe - qualités largement développées pendant sa thèse - achèveront de faire pencher la balance lors de son embauche. « Pour présenter habilement ces points forts, l'Association Bernard Grégory2 m'a aussi beaucoup aidée », rappelle la jeune femme avant d'expliquer le principe de ce programme soutenu par le ministère de la Recherche et des Nouvelles Technologies, et le CNRS. « Il s'agit d'un chapitre supplémentaire à ajouter à la fin de la thèse, se souvient-elle. Un bilan des compétences acquises durant les trois années de recherche : du relationnel avec les collaborateurs jusqu'à la planification des manips, en passant par la gestion du budget d'un projet. » De précieux savoir-faire que les jeunes docteurs oublient trop souvent de faire valoir auprès des employeurs. Car, après tout, « nous ne sommes pas tous obligés de faire de la recherche fondamentale », conclut la jeune femme dans un sourire malicieux. Joues roses sur teint de porcelaine. Une publicité vivante pour les produits de beauté.
Charline Zeitoun
Ce portrait est le premier d'une série qui, régulièrement, illustrera l'utilité du « 3e chapitre de la thèse ».
1. Louis Vuitton Moët Hennessy.
2. Les candidatures pour la prochaine campagne de « valorisation des compétences » doivent être transmises à l'Association Bernard Gregory (ABG) avant le 16 janvier. www.abg.asso.fr
Nathalie Pons Y Moll
R&D de Christian Dior, Saint-Jean-de-Braye
nponsymoll@diormail.com