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Lutte contre le cancer

Etoile en gestation

À l'heure où le cancer est une priorité, Etoile, premier centre de traitement anti-cancéreux basé sur l'hadronthérapie, s'apprête à surgir dans le ciel de la recherche nationale. Le projet(1) n'attend plus qu'un soutien des pouvoirs publics pour voir le jour.

Depuis 1999, on entend prononcer dans les couloirs de l'Institut de physique nucléaire de Lyon, le mot Etoile. Il n'est pourtant pas question du ciel, mais d'un espace de traitement contre le cancer2. À son origine, le Professeur Jean-Pierre Gérard, son directeur médical et l'université Claude Bernard Lyon II. Son but : la création, en Région Rhône-Alpes, d'un centre de traitement anti-cancéreux par hadronthérapie. Il s'agit de déposer très précisément sur la tumeur maligne, un faisceau d'ions carbone savamment dosé et issu d'un synchrotron3. Une thérapie qui fait ses preuves, mais qui nécessite beaucoup d'argent : environ 90 millions d'euros d'investissement et 15 millions d'euros par an de frais de fonctionnement (aspects cliniques et techniques).
À ce jour, un avant-projet technique et une étude de faisabilité existent pour Etoile. Des programmes de recherche et un projet médical (au niveau français et européen) impliquant de nombreux oncologues ont été mis en place. Et les hôpitaux et les universités, lyonnais et grenoblois4, les physiciens et ingénieurs du CNRS et du CEA coordonnent ces travaux. Tous attendent maintenant que les pouvoirs publics donnent leur feu vert et apportent leur soutien financier. « L'inscription d'Etoile dans le “ Plan Cancer ” lancé par Jacques Chirac permet de l'espérer, tout comme la participation du projet français à Enlight5 qui coordonne les études cliniques dans le domaine de l'hadronthérapie par ions légers », déclare Marcel Lieuvin, directeur adjoint technique de l'IN2P3 et membre du comité du projet.
Les arguments favorables à Etoile sont nombreux. Tout d'abord, un précédent positif : deux centres expérimentaux d'hadronthérapie, un à Chiba au Japon et un à Darmstadt en Allemagne, ainsi qu'un centre de traitement à Hyogo, au Japon, sont en fonctionnement. Les médecins japonais ont, depuis 1994, soignés par faisceaux d'ions légers 1 600 patients dont les tumeurs cancéreuses étaient résistantes aux radiothérapies classiques. Et aussi bien au Japon qu'en Allemagne, plus de 150 cancers du cerveau ont été traités avec succès. Des résultats encourageants. En effet, un des avantages de l'hadronthérapie est qu'elle cible la tumeur et respecte les tissus sains dans les zones sensibles, les ions légers apportant une excellente efficacité biologique. Autre argument, les scientifiques du CEA et du CNRS sauront adapter les accélérateurs à Etoile.
Fort de ces atouts, Etoile a d'abord reçu le soutien de l'Anvar et de la Communauté urbaine de Lyon. Puis, pour sa phase d'étude et de recherche, le ministère délégué à la Recherche et aux Nouvelles Technologies et la Région Rhône-Alpes ont apporté leur appui : 2,9 millions d'euros inscrits au contrat de Plan État-Région. Et la région souhaite accueillir le projet sur le site du Vinatier, à proximité des hôpitaux de l'est de Lyon.
Si la décision finale était prise en 2004, par le ministère de la Santé notamment, les premiers patients pourraient être traités en 2008. N'oublions pas que 278 000 nouveaux cancers se déclarent chaque année en France. La prise en charge de leur traitement est conséquente : 800 millions d'euros par an pour une chimiothérapie, soit 20 000 euros par personne pour six mois. Une hadronthérapie reviendrait, elle, à 15 000 euros. De plus, ce traitement est limité dans le temps : 2 à 3 semaines contre 7 à 8 semaines en général pour la radiothérapie classique, ce qui améliorerait notablement la qualité de vie du malade.

Stéphanie Bia

Notes :

1. Les aspects techniques fédèrent l'université de Lyon, de Grenoble, le CNRS et le CEA.
2. Espace de traitement oncologique par ions légers dans le cadre européen.
3. Appareil qui permet d'accélérer des ions jusqu'à une vitesse proche de celle de la lumière.
4. Hospices civils de Lyon, CHU de Grenoble et Centre Léon Bérard de Lyon.
5 European network for Research in Light Ion Therapy.

Contact

Marcel Lieuvin
IN2P3, Paris, mlieuvin@admin.in2p3.fr
Joseph Remillieux
IN2P3, Lyon, j.remillieux@ipnl.in2p3.fr
Marcel Bajard
IN2P3, Lyon, bajard@inpl.in2p3.fr
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