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Stratégie

De l'Insu à l'Insu-e, l'environnement au cœur des priorités du CNRS

Demain, l'Insitut national des sciences de l'Univers (Insu) développera la dimension pluridisciplinaire des recherches en environnement et deviendra l'Insu-e. Le point avec Sylvie Joussaume, directrice du département des Sciences de l'Univers.

L'Institut des sciences de l'Univers (Insu) doit se transformer en Institut des sciences de l'Univers et de l'environnement (Insu-e). Où en est-on aujourd'hui ?
Sylvie Joussaume : Les choses avancent, même si l'Insu n'a pas encore ajouté de “e” à son appellation. Seul un changement de décret permettra d'en modifier le nom. En fait, la recherche en environnement est depuis plusieurs années l'une des grandes priorités du CNRS. En tant qu'agence de moyens et de programmation dans le domaine des sciences de l'Univers, l'Insu a déjà clairement démontré sa capacité, depuis sa création en 1985 : capacité à promouvoir des actions d'observation (au sein des observatoires des sciences de l'Univers) et de prospective d'ampleur nationale, à mettre sur pied des programmes incitatifs, à gérer de grands équipements et à fédérer des équipes autour d'importantes campagnes de terrain. Ses actions se sont d'abord développées dans les domaines couvrant l'atmosphère et les océans, puis ont porté, dernièrement, sur le fonctionnement des “surfaces et interfaces continentales”, un thème de recherche sur lequel ont travaillé de concert les départements SC, SDU, SDV et SPI1.

- Mais l'heure est venue, pour vous, de passer à la vitesse supérieure…
S.J.
: Exactement. Notre objectif n° 1 est d'ouvrir aussi largement que possible nos programmes à l'ensemble des départements scientifiques en profitant de l'expérience, des structures et du mode de fonctionnement de l'Insu : partir d'une réflexion prospective, faire le point sur l'état de l'art, puis mettre en place des programmes incitatifs, à partir d'appels d'offres, pour permettre à la communauté de répondre aux questions posées. L'Insue, encore en période de rodage, doit donc être perçu comme un “outil” à la disposition des chercheurs venus d'horizons différents pour conduire des travaux de qualité sur le long terme. Les chimistes, les historiens, les biologistes ou les géologues bénéficieront, grâce à cette structure (qui n'entend exercer aucun monopole), de moyens financiers, de plates-formes technologiques et de lieux d'observation grâce auxquels ils pourront coopérer de manière optimale avec d'autres organismes de recherche comme le Cnes, Météo France, l'Ifremer, l'Inra, le Cemagref, l'IRD2

- Faire travailler main dans la main des chercheurs venus d'horizons aussi divers exige une volonté commune. Chaque discipline n'a-t-elle pas tendance à tirer la couverture à elle ?
S.J. : Rien ne se passera d'un coup de baguette magique ! La dynamique qui s'amorce réclamera du temps, comme il en a fallu pour intégrer la partie “océan-atmosphère” à l'Inag (l'ancêtre de l'Insu). De toutes les façons, un tel vecteur de coordination sera ce que les chercheurs en feront. Plus les départements souhaiteront se l'approprier, plus il permettra de couvrir l'ensemble des thématiques liées à l'environnement et de développer des projets interdisciplinaires.

- Disposez-vous, concrètement, des moyens de vos ambitions ?
S.J. : En 2003, nous avons bénéficié d'un apport de 3 millions d'euros, sur un budget total d'environ 11 millions, hors les très grands et grands équipements. Cette montée en puissance traduit la priorité accordée par le CNRS aux recherches sur l'environnement. Elle permet de mobiliser une plus large communauté scientifique pour faire face aux enjeux dans ce domaine, tout en maintenant une recherche de qualité dans les domaines traditionnels de l'Insu, l'astronomie et la géophysique, qui restent et resteront des champs importants de recherche avec lesquels nous partageons une culture de “l'observation”.

- Votre double casquette de directrice du Département des sciences de l'Univers et de directrice de l'Institut national des sciences de l'Univers ne risque-t-elle pas de vous inciter à privilégier “votre” département au sein de l'Insu ?
S.J. : Je sais que certains, qui ne font pas clairement le distinguo entre ces deux responsabilités, redoutent parfois “l'annexion” de l'Insu par les sciences de l'Univers, où ces dernières imposeraient une sorte d'hégémonie. Il n'en est rien. Tous nos efforts tendent au contraire à “décoller”, si j'ose dire, l'Insu des SDU. La meilleure preuve en est que deux directeurs adjoints de l'Institut ont été nommés courant 2003 : l'un est également directeur adjoint du Département des sciences de la vie, l'autre du Département des sciences humaines et sociales.

- Votre vœu pour 2004 ?
S.J.
: Que l'Insu continue sur sa lancée, et que les programmes interdisciplinaires qui verront le jour soient couronnés du même succès que ceux lancés par le passé dans le domaine de l'astronomie de la géophysique et du climat.

Propos recueillis par Philippe Testard-Vaillant

Notes :

1. Sciences chimiques, sciences de l'Univers, sciences de la vie et sciences pour l'ingénieur.
2. Le Centre national d'études spatiales, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, l'Institut national de la recherche agronomique, le Centre national du machinisme agricole, du génie rural, des eaux et forêts et l'Institut de recherche pour le développement.

Contact

Sylvie Joussaume
CNRS, Paris
sylvie.joussaume@cnrs-dir.fr


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