
Assis dans votre fauteuil, vous regardez un film quand une scène vous plonge dans la tristesse la plus profonde. Inutile de vous lever pour chercher un mouchoir : votre robot domestique, qui a compris votre émoi, vous apporte de quoi sécher vos larmes et vous console d'un sourire. Science-fiction ? Plus pour très longtemps si l'on en croit les avancées d'une nouvelle branche de l'informatique baptisée « ordinateur émotionnel ». Grâce à cette discipline, les ordinateurs pourront peut-être un jour reconnaître vos émotions et exprimer les leurs.
Le laboratoire Heudiasyc basé à Compiègne s'attache ainsi à développer des méthodes d'analyse de visages et de reconnaissance des formes. « Nous nous appuyons pour cela sur les travaux menés par des psychologues, explique Franck Davoine, chercheur au CNRS et responsable de ces travaux. Ceux-ci ont déterminé les six expressions de base universellement partagées par les êtres humains : joie, colère, peur, dégoût, surprise et tristesse ». Pour identifier l'émotion d'un individu, la première étape pour l'ordinateur consiste à détecter son visage. Une modélisation statistique basée sur une quarantaine de paramètres permet alors de déterminer la classe d'émotion qu'exprime le visage.
Les premiers résultats de ces travaux sont très encourageants, puisque les chercheurs d'Heudiasyc affichent des taux de reconnaissance de l'ordre de 85 % sur des images fixes de visages vus de face. Mais la tâche est complexe. « L'apparence du visage humain est très variable et donc difficile à paramétrer : barbes, rides et lunettes perturbent la reconnaissance, note Franck Davoine. D'autre part, l'ordinateur peine à appliquer les modèles si le visage est mal éclairé ou mal positionné. Enfin, il existe de nombreuses manières plus ou moins discrètes d'exprimer une même émotion ». Une solution explorée consiste à analyser les mouvements faciaux à l'aide de vidéos : un visage qui devient joyeux peut être paradoxalement plus simple à classifier qu'un visage radieux mais fixe.
La robotique compte déjà parmi les nombreux domaines d'application de ces travaux. Mais parions que cette technologie va rapidement intégrer notre quotidien. Le laboratoire vient ainsi de terminer un projet de faisabilité pour un laboratoire industriel : l'idée consiste en la reconnaissance par un véhicule des signes de baisse de vigilance présentés par le visage du conducteur. À cette vitesse, les chercheurs risquent de contredire rapidement Oscar Wilde qui écrivait en 1891 : « C'est le mérite de la science, d'être exempte d'émotions ».
MR
Franck Davoine Laboratoire Heudiasyc, Compiègne
franck.davoine@hds.utc.fr