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ÉDITO

Francis Jutand, directeur scientifique du Département sciences et technologies de l'information et de la communication.

La robotique, une passion scientifique et une aventure humaine

Du Golem, aux robots d'Asimov en passant par R2D2, les mythes et la science-fiction ont ancré dans notre imaginaire les figures d'entités amies ou ennemies totalement artificielles, mais dotées d'intelligence et capables d'agir de manière évoluée. Au fil des ans, progrès scientifiques et technologiques ont rapproché fiction et réalité. Nous n'en sommes pas encore aux robots humanoïdes capables de tenir une véritable conversation, mais aujourd'hui les robots de production sur les chaînes, les robots nettoyeurs, les robots d'assistance, les drones, envahissent l'industrie, les services, la défense. Demain, d'autres manipuleront les cellules vivantes, participeront aux combats, assureront les tâches domestiques, ou agiront en compagnon majordome et divertissant, voir affectueux.
Et l'éventail va continuer à s'élargir. Si l'on appelle « robot », un système physique capable de réaliser des tâches complexes de façon autonome, et prenant en compte son environnement, il existe une grande variété de systèmes qui présentent un comportement totalement ou partiellement roboïde, et qui réalisent par exemple une prise en charge totale ou partielle pour le pilotage des avions, la conduite automobile, la gestion de l'habitat.
La robotique est à l'interface de toutes les disciplines des Stic — électronique, informatique, automatique, signal, communication, interactions homme-machine — ainsi que des disciplines des SPI — mécanique et énergie. Elle se trouve aussi à la frontière des sciences humaines et sociales et des sciences du vivant, de par ses dimensions de cognition, d'ergonomie et d'usage. Depuis trois ans, le CNRS a repris le flambeau de la robotique en s'appuyant sur une communauté de chercheurs et de laboratoires dont la valeur est reconnue au meilleur niveau international. Le programme Robea « Robotique et entités artificielles » lancé en 2001, a permis d'apporter un dynamisme et une ambition nouveaux.
Avec ses laboratoires organisés en réseau, le CNRS a choisi de développer les bases scientifiques et technologiques de la robotique en France, en partenariat avec l'Inria, l'Ifremer, la DGA, etc. À l'échelon européen au sein d'un projet « Future and emerging technologies» du 6e PCRD. Au niveau international, enfin, il collabore avec Sony et participe à la création du JRL, un laboratoire conjoint avec l'AIST, le centre de R&D japonais leader en robotique humanoïde (voir rubrique Éclats p. 4). En aval, le secteur industriel a du mal à s'organiser du fait de la grande fragmentation des domaines d'applications. L'émergence d'entreprises fortes qui prennent position sur les avancées à venir est donc difficile, et nécessite un positionnement volontariste des pouvoirs publics. Aujourd'hui, les robots aident les chirurgiens à effectuer des opérations délicates, veillent et agissent pour la sécurité de l'homme, permettent aux handicapés de mieux s'insérer dans la vie professionnelle et de mieux mener leur vie privée, effectuent des missions de veilles civiles ou militaires. Demain, des seuils significatifs, d'intelligence, d'autonomie et d'apprentissage seront franchis. Et cela entraînera des ruptures technologiques et applicatives, mais aussi des choix sociétaux, voire éthiques.
Interdisciplinaire et intégrative, la robotique constitue une nouvelle frontière pour la recherche scientifique et technologique, et une opportunité. Mais aussi un risque pour l'évolution humaine. C'est pourquoi le CNRS et ses partenaires en ont fait une priorité, qui se greffe sur une passion.

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