Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Sciences sociales

L'Encyclopédie de l'innovation

Chercheur au Centre de sociologie de l'innovation et professeur à l'École des mines de Paris, Philippe Mustar a codirigé l'Encyclopédie de l'innovation(1), un ouvrage de sciences sociales où quarante auteurs proposent des regards croisés sur l'innovation. Il nous livre ses conclusions.

Vous venez d'achever un imposant ouvrage de 800 pages sur l'innovation, quelles sont ses idées phares ?
Philippe Mustar : L'économie du changement technique, la sociologie des sciences, la gestion des organisations, entre autres, ont renouvelé notre conception de la façon dont naissent les produits, les processus de production, les services ou les organisations. La compréhension de l'émergence et du développement des innovations peut alors difficilement être le fait d'une seule discipline. L'encyclopédie regroupe donc des résultats de travaux, jusque-là épars, en sociologie, économie, gestion, finance, sciences politiques, droit, etc. Pour revenir à votre question, par-delà la diversité des disciplines, l'ensemble des auteurs partage l'idée suivante : l'innovation est marquée par un caractère interactif très fort. Elle est le fruit d'échanges entre de nombreux acteurs : PME, laboratoires académiques, centres de recherche, clients, financiers, pouvoirs publics, en  partenariats, collaborations, réseaux, etc. Une nouvelle architecture qui n'est pas sans conséquence. En effet, le développement technologique s'accélère et devient de plus en plus complexe et coûteux : même puissante, une entreprise ne maîtrise plus seule l'ensemble des savoirs nécessaires à son processus d'innovation. En outre, les technologies sont de plus en plus modulaires et ces modules peuvent être produits par différentes entreprises pour être nensuite assemblés. Les coopérations permettent donc une maîtrise des évolutions techniques et concurrentielles et la production d'innovations qui n'existeraient pas autrement. Mais ce système transforme les modèles d'organisation de l'entreprise. Il crée des problèmes : problèmes d'emploi liés à l'externalisation des tâches ou à des mouvements de fusion, problèmes de normes ou de standards, de coordination entre les acteurs ou encore problèmes liés aux droits de propriété intellectuelle ou industrielle.

Quels exemples particuliers peuvent traduire ce caractère coopératif ?
Philippe Mustar
: Hier positionné en fin de course, l'usager joue désormais un rôle crucial dans la définition des innovations et participe même à leur conception. Ce phénomène s'est accentué. Dans certains cas, les utilisateurs se regroupent en communautés pour innover (exemple du logiciel libre). Elles jouent le même rôle que les associations de malades dont l'influence s'exerce très en amont dans l'orientation des recherches scientifiques.

Existe-t-il de nouveaux acteurs tout aussi importants ?
Philippe Mustar
: Les interactions entre recherche et innovation ont pris une ampleur considérable. Les laboratoires trouvent de plus en plus de financements auprès des entreprises. Les pouvoirs publics nencouragent ces collaborations. On constate cette évolution en observant la hausse du nombre de bourses Cifre2, de contrats de collaboration ou de créations d'entreprises. Le laboratoire, désormais traversé par de nombreux acteurs, devient un point de passage obligé dans les processus d'innovation. Si nos économies reposent de plus en plus sur l'innovation technologique, la capacité de la recherche publique à travailler avec les entreprises est une variable clé.

Processus coopératif, l'innovation s'inscrit cependant dans un processus compétitif, n'est-ce pas ?
Philippe Mustar : En effet, nombreux sont les auteurs qui rappellent sa place croissante dans la compétition entre les entreprises. Ils soulignent que, de plus en plus, l'enjeu n'est pas de réussir un projet isolé mais de mettre sur le marché un flux régulier de produits innovants. Nos sociétés capitalistes sont marquées par cette nécessité d'innover en continu. Les entreprises y sont contraintes : si elles n'innovent pas, ce sont les concurrents qui le font et prennent les marchés. L'innovation est un facteur de changement ; elle marque la volonté des acteurs de prendre des risques, de créer, de modifier l'ordre social. Elle est aussi la manifestation de leur passion, de leur intelligence et de leur inventivité.

Propos recueillis
par Stéphanie Belaud

 

Notes :

1. Encyclopédie de l'innovation, Philippe Mustar et Hervé Penan (dir.), éditions Économica, Paris, 2003, 749 pages, 65 €.
2. Les conventions Cifre (financées par
l'entreprise et l'État) associent autour d'un projet de recherche, qui conduira à une soutenance de thèse de doctorat, trois partenaires : une entreprise, un jeune diplômé, un laboratoire.

Contact

Philippe Mustar
Centre de sociologie
de l'innovation, Paris
mustar@ensmp.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique