Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Dendrochronologue

Catherine Lavier. Les confidences du bois

« Qualités requises : s'y connaître en botanique et savoir manier la tronçonneuse. » Catherine Lavier évoque en souriant l'offre d'emploi à laquelle elle a répondu en 1983. Cette phrase est d'ailleurs affichée en bonne place dans son bureau du laboratoire de chronoécologie de l'université de Besançon, comme pour rappeler à ses étudiants que l'art délicat de la dendrochronologie demande des efforts physiques. Elle le sait bien, elle qui ne compte plus les journées passées dans la poussière des greniers, ou, pinceau en main, sur un site archéologique écrasé par le soleil. En répondant à l'énigmatique annonce, Catherine Lavier ne se doutait pas qu'elle participerait à la création de la première unité de recherche spécialisée dans la datation du bois par l'étude des cernes de croissance. « À l'époque, on a vraiment démarré de zéro, se souvient-elle, on a mis plusieurs années à constituer une base de données. » Une période un peu ingrate où il a fallu accumuler les référents, ces bois dont on connaît l'essence, l'époque et la provenance, et dont on consigne la largeur des cernes de croissance. Le dendrochronologue procède en effet par analogie, en comparant à ces référents les bois que l'on veut dater et dont on veut retrouver l'origine. Pas question pour Catherine Lavier de se laisser enfermer dans une fonction de « technicienne de la date » : « L'âge d'une pièce de bois est une clé qui ouvre sur une mine d'informations sur un bâtiment, un corps de métier, un objet… » Elle aspirait à travailler dans le domaine de la gestion forestière et, à l'école, détestait l'histoire, la voilà qui mène l'enquête sur les traces du passé. Une recherche pluridisciplinaire par nature où la botanique et l'histoire des paysages côtoient l'archéologie, l'histoire de l'art et l'architecture. Des charpentes aux meubles anciens, Catherine Lavier s'est fait la main sur le « gros œuvre » avant de passer aux objets d'art. Le temps de mettre au point des techniques d'étude non agressives utilisant le microponçage, la photographie et, quand cela s'impose, d'infimes prélèvements de bois, de l'ordre du millimètre carré. Depuis une dizaine d'années, elle s'est attelée, avec l'Institut de recherche et d'histoire des textes, à la datation des manuscrits médiévaux des bibliothèques de France à partir de leurs reliures en bois. Travail de fourmi qui progresse à raison d'une bibliothèque tous les deux ans. Mais « quelles splendeurs ! » Catherine Lavier travaille aussi avec le musée du Louvre sur des retables « élaborés à partir d'un assemblage de plusieurs pièces fabriquées par des artisans différents » et commence à étudier une collection de luths de la Cité de la musique, à Paris. Le maniement de ces objets délicats ne l'empêche pas de descendre au fond des mines du massif vosgien, dont les plus anciennes datent du xe siècle, pour prélever des échantillons sur les poutres des galeries dans l'idée de les utiliser comme référents. Elle les soupçonne en effet d'avoir la même origine que les supports aux œuvres des primitifs alsaciens conservées au musée de Colmar qu'elle s'est mise en tête de « faire parler ».

Marie Lescroart

Contact

Catherine Lavier
Laboratoire de chronoécologie
UMR 6565, Besançon
catherine.lavier@univ-fcomte.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique