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Paris, 28 août 2006

Decouverte d'insectes fossiles dans l'ambre d'amazonie

Au Nord du Pérou, il y a 15 à 12 millions d'années, des insectes, acariens et autres arthropodes se sont fait piéger dans la résine le long de troncs d'arbre ou de branches. Une équipe internationale de paléontologues et de géologues(1) les a retrouvés fossilisés dans l'ambre. Cette découverte est la première du genre en Amazonie occidentale. Grâce à elle, les chercheurs prouvent l'existence précoce d'une grande biodiversité terrestre dans la région, dans un environnement forestier et sous un climat chaud et humide. Ces résultats sont publiés en ligne sur le site des Proceedings of the National Academy of Sciences (Consulter le site web).

L'ambre, c'est-à-dire la résine fossile, provient d'un seul niveau stratigraphique, daté du Miocène moyen (il y a 15 à 12 millions d'années). Les chercheurs l'ont découvert au bord de l'Amazone, lors d'une expédition près d'Iquitos en 2004. L'équipe, coordonnée par Pierre-Olivier Antoine, du Laboratoire des mécanismes de transfert en géologie (CNRS/Université Toulouse 3/IRD), prospecte depuis plusieurs années les terrains sédimentaires de cette région située au pied des Andes et aux confins du Brésil, de l'Équateur et de la Colombie. Son but est de retracer l'évolution de la faune et de la flore, des environnements et de la géographie de l'Amazonie occidentale dans les vingt derniers millions d'années, sous l'effet du soulèvement des Andes. C'est l'un des objectifs du programme Environnements et climats du passé (ECLIPSE), programme pluridisciplinaire de l'INSU-CNRS.

L'Amazonie est aujourd'hui le siège de la plus grande biodiversité terrestre, mais très peu de choses sont connues sur le passé de cette région reculée et peu explorée, qui était il y a 12 à 15 millions d'années totalement isolée du reste du monde (le canal de Panama ne s'est refermé qu'il y a 3,5 millions d'années). Les insectes et arachnides fossiles trouvés sont les premiers arthropodes terrestres jamais découverts dans cette partie du globe. L'ambre d'Amazonie est exceptionnellement riche en inclusions animales et végétales : au moins 13 espèces d'insectes et 3 espèces d'acariens ont déjà été identifiées par le paléoentomologiste André Nel, du Muséum National d'Histoire Naturelle à Paris (MNHN). La résine fossile a par exemple piégé plusieurs mouches et moustiques, des guêpes parasites, un coléoptère cousin des coccinelles, une phrygane (le porte-bois bien connu des pêcheurs) etc. Un acarien est même englué sur un fil d'araignée. D'innombrables microfossiles ont été saisis par la résine, parmi lesquels une grande diversité de bactéries, de cyanobactéries, de spores de champignons, d'algues, ou encore un lichen et un grain de pollen. Le contenu cellulaire de certains microfossiles est conservé, ce qui laisse espérer que l'on aura accès à leur ADN pour tenter de reconstituer leur phylogénie (leur arbre généalogique). Grâce à cette découverte, les chercheurs savent désormais qu'il y a 12 à 15 millions d'années, la région était un delta ouvert sur une mer intérieure bordée de forêts denses, sous un climat déjà chaud et très humide, où il ne faisait pas forcément bon vivre !

Ambre1

© 2006 André Nel (Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris)

Cette petite mouche, longue d'environ 1,2 mm, est piégée dans un bloc d'ambre provenant d'Amazonie occidentale (Iquitos, nord-est du Pérou). Les espèces actuelles apparentées à ce spécimen, âgé de 12 à 15 millions d'années, se nourrissent de matière organique en décomposition. On peut imaginer la vie à l'époque, dans une forêt dense, humide et chaude.


Ambre 2

© 2006 Pierre-Olivier Antoine (Université Paul Sabatier, Toulouse)

Ce bloc d'ambre a été découvert dans des sédiments deltaïques de la région d'Iquitos, au Nord-est du Pérou, en plein cœur de l'Amazonie. Il contient des insectes piégés il y a 12 à 15 millions d'années par les coulées de résine le long d'un tronc ou d'une branche.


Ambre 3

© 2006 Dario De Franceschi (Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris)

Ce petit acarien est piégé dans un bloc d'ambre provenant d'Amazonie occidentale (Iquitos, nord-est du Pérou). La qualité de la préservation est telle que tous les éléments anatomiques de cet animal, pourtant âgé de 12 à 15 millions d'années, sont visibles. La longueur de l'animal ne dépasse pas 0,2 mm (200µm).


Ambre 4

© 2006 Dario De Franceschi (Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris)

Ce petit acarien, englué sur un fil de toile d'araignée et piégé dans un bloc d'ambre provenant d'Amazonie occidentale (Iquitos, nord-est du Pérou), est âgé de 12 à 15 millions d'années. La longueur de l'animal ne dépasse pas 0,2 mm (200µm). Notez la présence d'une goutte de colle sur le fil, en haut de la photo.



Notes :

1) Les chercheurs français dépendent du Laboratoire des mécanismes de transfert en géologie (CNRS/Université Toulouse 3/IRD) et du Muséum National d'Histoire Naturelle à Paris.

Références :

Amber from western Amazonia reveals Neotropical diversity during the middle Miocene, Pierre-Olivier Antoine, Dario De Franceschi, John J. Flynn, André Nel, Patrice Baby, Mouloud Benammi, Ysabel Calderón, Nicolas Espurt, Anjali Goswami, and Rodolfo Salas-Gismondi, PNAS, publication en ligne, semaine du 28 août 2006 (Consulter le site web).

Contacts :

Chercheur CNRS
Pierre-Olivier Antoine
T 05 61 35 94 60 ou 05 61 35 94 60
poa@lmtg.obs-mip.fr

Presse CNRS
Claire Le Poulennec
T 01 44 96 49 88
Claire.le-poulennec@cnrs-dir.fr

Chercheur IRD
Patrice Baby
T 511 47 59 590 - F 511 47 54 830
Patrice.baby@ird.fr

Presse IRD
Aude Sonneville ou Elodie Vignier
T 01 48 03 75 19
presse@paris.ird.fr


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