
Paris, 6 avril 2006
À Mehrgarh, sur un total de presque 4000 dents provenant de 225 sépultures, 11 cas de perforations dentaires pratiquées in vivo ont été identifiés sur les couronnes de 9 patients adultes, probablement dans un but thérapeutique ou palliatif. La présence de perforations uniquement sur les dents postérieures (molaires supérieures et inférieures) exclut l'intention esthétique de la pratique. Les marges émoussées des perforations confirment qu'après les interventions, les surfaces des dents ont repris leur fonction masticatoire.
Les dentistes préhistoriques utilisaient des techniques identiques à celles de la fabrication des minuscules perles en os, coquillages marins, stéatites, calcites, turquoises, lapis lazuli, utilisés pour les parures trouvées en abondance sur le site. L'instrument principal était un perçoir en bois muni d'une petite pointe en silex, probablement actionné par un archet. Les artisans de Mehrgarh ont excellé dans ces pratiques de perforation, en se montrant capables de produire des perles de 1 mm de diamètre percées de trous de quelques dixièmes de mm.
Les analyses au microscope électronique mettent en évidence qu'après la phase de trépanation, les artisans-dentistes utilisaient parfois des petites lames en pierre comme bistouris et scalpels de précision pour « parachever » l'intervention.
Mais qui étaient ces lointains ancêtres des dentistes d'aujourd'hui ? Dans les premières agglomérations néolithiques, on pratiquait, pour la première fois de façon simultanée, des activités très diverses comme celles de cultivateur de céréales, de pasteur, de potier, de tailleur de pierre, et sans doute de « prêtre ». Dans le cimetière néolithique de Mehrgarh, la variété des objets et des offrandes ensevelies avec les défunts témoigne d'activités comme celles d'éleveur de chèvres, de tailleur de silex. Dans un tel contexte, il est probable que les mauvaises conditions de santé de nombreux membres de la communauté aient fait naître le besoin de « techniciens-thérapeutes », au moins à temps partiel. Ce nouveau rôle impose le transfert du séculaire savoir-faire artisanal vers une « pratique thérapeutique ». Apparemment, l'expérience a été un succès.
© J.F. JARRIGE (Musée Guimet Paris) Le site de Mehrgarh (Balochistan, Pakistan)

© L. Bondioli (Musée L. Pigorini, Rome) & R. Macchiarelli (Univ. Poitiers)
Trépanation de la surface occlusale d'une seconde molaire inférieure. La perforation a un diamètre de 2,5 mm et une profondeur de 1,5 mm (spéc. MR3 561)
« Early Neolithic tradition of dentistry » par A. Coppa, L. Bondioli, A. Cucina, D.W. Frayer, C. Jarrige, J.-F. Jarrige, G. Quivron, M. Rossi, M. Vidale & R. Macchiarelli. NATURE, vol. 440, 6 avril 2006, pp. 755-756 (+ suppl. infos.)
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