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Paris, 3 janvier 2006

Derniers jours de l'armée napoléonienne : la biologie réécrit l'histoire

Décembre 1812 : ce qui reste des soldats de la Grande Armée de Napoléon quitte Moscou et bat en retraite à Vilnius, en Lituanie. Automne 2001 : des ouvriers découvrent à Vilnius une fosse commune contenant les ossements de centaines de ces soldats. La fouille du charnier et l'étude des vestiges sont conduites par des équipes du CNRS, dans le cadre d'une collaboration franco-lituanienne. En analysant des prélèvements de terre, de tissus et de dents, les chercheurs viennent de montrer que plus de 30% de ces soldats de la Grande Armée de Napoléon ont souffert et, pour la plupart, sont morts d'infections transmises par des poux lors de la retraite de Russie. Ces infections auraient joué un rôle important dans la défaite de l'armée française.

Les poux transmettent différentes bactéries, Borrelia recurrentis, Bartonella quintana et Rickettsia prowazekii, respectivement responsables de la fièvre des poux, de la fièvre des tranchées et du typhus. Si ces bactéries pathogènes sont connues de longue date (depuis la fin du 19ème siècle), la description historique des maladies qu'elles causent est plus confuse. Les fièvres sont depuis longtemps associées aux conditions qui favorisent la multiplication des poux, comme les guerres, mais le lien entre ces parasites et le typhus n'a été fait qu'en 1909 par Charles Nicolle. Certains avancent depuis que les infections transmises par les poux ont causé plus de morts que les armes pendant les guerres…

 

Des témoignages littéraires et historiques montrent que les soldats de l'armée napoléonienne étaient infestés de poux et que beaucoup sont morts de fièvre. On pense qu'ils devaient souffrir d'infections transmises par les poux, comme le typhus. La découverte de la fosse de Vilnius en 2001 a donné l'occasion aux chercheurs de vérifier cette hypothèse.

 

L'Unité d'anthropologie (CNRS – Université de la Méditerranée) a tout d'abord pratiqué la fouille du charnier, réalisé l'étude anthropologique et l'analyse des restes d'uniformes. Les prélèvements de terre, de tissus et de dents des squelettes ont ensuite été étudiés par l'Unité des Rickettsies et pathogènes émergents  (CNRS – Université de la Méditerranée), dirigée par Didier Raoult. Ces chercheurs ont inventé une technique à base de kérosène pour séparer les poux des prélèvements. Cinq restes de poux, identifiés morphologiquement et par biologie moléculaire, ont ainsi été trouvés dans la terre de la fosse et dans les restes des uniformes des soldats. La bactérie Bartonella quintana a été retrouvée dans 3 de ces poux, prouvant qu'ils étaient bien vecteurs de maladies infectieuses.

 

L'équipe de Didier Raoult a également analysé les dents de 35 soldats, grâce à une technique qu'elle a développée en 1999, basée sur la pulpe dentaire, tissu mou vascularisé de la dent[1]. Quand on ouvre les dents d'un squelette, on trouve un reste de pulpe dentaire sous forme de poudre qui permet d'analyser le sang de l'individu. On y recherche des fragments d'ADN spécifiques des bactéries qui ont contaminé l'individu et transité par son sang. La bactérie Bartonella quintana a été retrouvée dans la pulpe dentaire de 7 soldats et Rickettsia prowazekii dans celle de 3 soldats.

 

Les scientifiques du CNRS apportent la preuve du ravage causé par les infections transmises par les poux dans l'armée napoléonienne lors de la retraite de Russie. Trente pour cent des soldats enterrés à Vilnius en souffraient et une grande partie d'entre eux y auraient succombé. Les infections transmises par les poux auraient donc eu un rôle très important dans la retraite française de Russie.

 

Ces résultats confirment également l'efficience de la technique de la pulpe dentaire mise au point par l'Unité des Rickettsies et pathogènes émergents  pour rechercher des agents infectieux et retracer l'histoire des maladies infectieuses.

 

Armée Napoléon - Vilnius

© Olivier Dutour - UMR 6578 CNRS - Université de la Méditerranée

Fouille du charnier de la Grande Armée de Napoléon à Vilnius par l'équipe de l'Unité d'anthropologie (CNRS – Université de la Méditerranée) en mars-avril 2002



Notes :

(1) Voir le communiqué de presse du 9 septembre 2004, Pister la peste au fil des siècles, qui présente cette technique : Consulter le site web

Références :

Evidence for Louse-Transmitted Diseases in Soldiers of Napoleon's Grand Army in Vilnius - Didier Raoult1, Olivier Dutour 2, Linda Houhamdi 1, Rimantas Jankauskas 3, Pierre-Edouard Fournier1, Yann Ardagna 2, Michel Drancourt 1, Michel Signoli 2, Vu Dang La 1, Yves Macia 2 and Gerard Aboudharam 1
1 Unité des Rickettsies et pathogènes émergents (CNRS – Université de la Méditerranée)
2 Unité d'Anthropologie (CNRS – Université de la Méditerranée)
3 Department of Anthropology, Faculty of Medicine, Vilnius University, Vilnius, Lithuania
The Journal of Infectious Diseases, volume 193 - janvier 2006

Contacts :

Chercheur
Didier Raoult
Unité des Rickettsies et pathogènes émergents (CNRS – Université de la Méditerranée)
T 04 91 32 43 76
Didier.raoult@gmail.com

Presse
Muriel Ilous
T 01 44 96 43 09
muriel.ilous@cnrs-dir.fr


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