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Paris, 15 octobre 2004

Séquence complète du Mimivirus, virus géant à ADN.

La séquence complète du Mimivirus, le plus grand virus à ADN connu, est publiée en ligne dans la revue Science, par les équipes du CNRS à l'origine de sa découverte il y a un an, les groupes de Didier Raoult (1) et de Jean-Michel Claverie (2) (Marseille). Le génome de ce virus qui approche la taille d'une petite bactérie contient des gènes inhabituels pour un virus, en particulier plusieurs gènes codant pour des éléments de la machinerie de synthèse des protéines. L'analyse de la séquence du Mimivirus modifie notre vision de l'évolution de la vie en général, et de l'origine des virus à ADN au cours de l'évolution en particulier. Les Mimivirus constitueraient une nouvelle branche évolutive de l'arbre de la vie, distincte des trois branches connues, eucaryotes, bactéries et archaebactéries.

En mars 2003, deux équipes de chercheurs Marseillais publiaient la découverte du plus grand virus à ADN jamais identifié, appelé Mimivirus pour « mimicking microbe »(3). Ce virus, identifié à partir d'amibes infectant les eaux de tours de climatisation d'un hôpital anglais,  atteignait la taille d'une petite bactérie, avec son diamètre de 400 nanomètres par particule virale.

 

Les chercheurs publient à présent l'analyse détaillée de la séquence du génome de ce virus. Le mimivirus est également géant du point de vue de la taille de son génome, d'environ 1,2 millions de bases (Mb), soit 2 fois plus que le virus qui détenait le record de taille avant lui, un bactériophage (0,67 Mb). Il est également beaucoup plus grand que le génome d'une vingtaine d'organismes unicellulaires (archaebactéries et eubactéries). Les chercheurs ont identifié environ 1200 gènes potentiels dont 298 auxquels ils ont pu attribuer une fonction.

 

L'analyse du génome du Mimivirus indique la présence d'une trentaine de gènes habituellement présents chez les organismes cellulaires et absents des virus. Parmi ceux-ci, on trouve plusieurs gènes de la synthèse des protéines, une propriété tout à fait inhabituelle pour les virus, qui utilisent normalement la machinerie de l'hôte qu'ils infectent pour synthétiser leurs propres protéines. On trouve également des protéines de réparation de l'ADN, d'aide au repliement des protéines et des enzymes du métabolisme, jamais identifiées auparavant chez aucun virus.

 

Comme le mentionnent les auteurs, «  par la taille des particules virales, par la taille de son génome et par la présence de protéines considérées comme propres aux organismes cellulaires, les Mimivirus bousculent notre définition de ce qu'est un virus et brouillent les frontières entre virus et bactéries parasites ». Cependant, même si ces virus présentent quelques caractéristiques cellulaires, ils possèdent encore plusieurs des critères propres aux virus, en particulier l'absence de métabolisme énergétique et un mode de multiplication intracellulaire typiquement viral, ici dans les amibes.

 

L'analyse des gènes de Mimivirus suggère l'existence d'un quatrième domaine dans l'arbre de la Vie, distinct des trois domaines connus : bactéries, archaebactéries et eucaryotes (uni et pluricellulaires) (voir schéma). Cette nouvelle classification indique que certains virus à ADN auraient pu être déjà présents il y a plus de trois milliard d'années, avant même l'apparition des premiers organismes eucaryotes. Selon cette hypothèse, les virus à ADN seraient le résultat de l'évolution par perte de gènes (réductive) d'un organisme cellulaire ancestral aujourd'hui disparu. Une origine très ancienne des virus à ADN est également compatible avec des hypothèses déjà proposées selon lesquelles ils auraient pu jouer un rôle central dans l'émergence même du domaine Eucaryote(4). 

 

 

mimivirus

© Didier Raoult et N. Aldrovandi

Infection d'une amibe par un Mimivirus. (Microscopie électronique, 200.000).



Image d'un Mimivirus en microscopie électronique (200.000X).

© Didier Raoult et N. Aldrovandi

Notes :

(1) Unité des Rickettsies et pathogènes émergents, UMR 6020 CNRS/Université de la Méditerranée, Marseille.
(2) Laboratoire Information Génomique et Structurale, UPR 2589 CNRS, Marseille.
(3) A giant Virus in Amoebae, Science, Vol 299, 2033.
(4) The birth of the nucleus, Science 305: p 766, 2004

Références :

The 1.2 Mb genome sequence of Mimivirus, Didier Raoult, Stéphane Audic, Catherine Robert, Chantal Abergel, Patricia Renesto, Hiroyuki Ogata, Bernard La Scola, Marie Suzan, Jean-Michel Claverie
Science, en ligne le 14 octobre 2004.

Contacts :

Contact Chercheurs :
Prof. Didier Raoult, 04 91 32 43 75, didier.raoult@medecine.univ-mrs.fr
Prof. Jean-Michel Claverie, 04 91 16 45 48,
Jean-Michel.Claverie@igs.cnrs-mrs.fr

Contact département des Sciences de la vie :
Jean-Pierre Ternaux, 01 44 96 43 90,
jean-pierre.ternaux@cnrs-dir.fr

Contact presse :
Isabelle Tratner, 01 44 96 49 88,
isabelle.tratner@cnrs-dir.fr


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