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Paris, 22 janvier 2016

Des chats apprivoisés en Chine plus de 3000 ans avant notre ère

Des chats domestiqués ont-ils été apportés en Chine il y a plus de 5000 ans ? Ou des petits félins ont-ils été apprivoisés à cette même époque en Chine ? Il était impossible de trancher entre ces deux hypothèses jusqu'à ce qu'une équipe du laboratoire « Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements » (CNRS/MNHN), en collaboration avec des collègues anglais et chinois1, détermine l'espèce à laquelle correspondent les restes de chat datant d'environ 3500 ans avant J.-C. et découverts en Chine, dans des villages d'agriculteurs. Tous ces ossements appartiennent au chat du Bengale, un cousin éloigné du chat sauvage occidental, ce dernier étant à l'origine de tous les chats domestiques modernes. Les scientifiques apportent ainsi la preuve d'un début de domestication du chat en Chine plus de 3000 ans avant J.-C.. Un scénario comparable à celui connu au Proche-Orient et en Egypte où les relations entre l'homme et le chat se sont développées suite à la naissance de l'agriculture. Ces travaux2 sont publiés le 22 janvier 2016 dans la revue PLOS ONE.

Le chat est l'animal domestique le plus courant aujourd'hui, avec plus de 500 millions de représentants. Tous les chats domestiques actuels descendent de la forme africaine et proche-orientale du chat sauvage (Felis silvestris lybica). Selon des travaux publiés en 2004, les débuts du rapprochement entre l'homme et le chat se sont déroulés au Proche-Orient, dès 9000 à 7000 avant J.-C., avec la naissance de l'agriculture.

En 2001, des chercheurs de l'Académie des sciences de Pékin ont découvert des ossements de chat dans le nord de la Chine (province de Shaanxi), datés d'environ 3500 avant J.-C., dans des villages d'agriculteurs. Est-ce la preuve d'un rapprochement entre des petits félins chinois et l'homme dès le 4e millénaire avant J.-C. en Chine ? Ou est-ce le résultat d'une importation des premiers chats domestiques depuis le Proche-Orient jusqu'en Chine ? Impossible de trancher entre ces hypothèses sans avoir identifié l'espèce à laquelle appartiennent les ossements trouvés. Il existe en effet au moins quatre formes différentes de petits félidés en Chine, mais la sous-espèce à l'origine du chat moderne (Felis silvestris lybica) n'y a jamais été répertoriée.

Afin de résoudre cette question, une collaboration de scientifiques principalement du CNRS, du MNHN, de l'université d'Aberdeen, de l'Académie des sciences sociales de Chine et de l'Institut d'archéologie de la province de Shaanxi a entrepris une analyse de morphométrie géométrique3, seule à même, en l'absence d'ADN ancien, de différencier les ossements de ces petits félins, aux morphologies très similaires et aux différences souvent indiscernables avec les techniques classiques. Les scientifiques ont ainsi analysé les mandibules de cinq chats du Shaanxi et du Henan datés entre 3500 et 2900 avant J.-C.. Leurs travaux ont été déterminants : ces ossements appartiennent tous au chat du Bengale (Prionailurus bengalensis). Encore très répandu aujourd'hui en Asie orientale, ce chat sauvage, cousin éloigné du chat sauvage occidental (Felis silvestris lybica), est connu pour sa propension à fréquenter les zones à forte présence humaine. Tout comme au Proche-Orient ou en Egypte, le chat du Bengale a sans doute été attiré dans les villages chinois par la prolifération des rongeurs qui profitaient des stocks de céréales.

Ces conclusions démontrent qu'un processus comparable à celui connu au Proche-Orient et en Egypte s'est développé indépendamment en Chine suite à la naissance de l'agriculture qui y est apparue au 8e millénaire avant notre ère. En Orient, c'est le chat du Bengale (P. bengalensis) et non le chat sauvage occidental (F. silvestris), qui s'est engagé dans un rapprochement avec l'homme. La domestication du chat est donc bien, au moins dans trois régions du monde, étroitement connectée aux débuts de l'agriculture. Il n'en reste pas moins que les chats domestiques actuels de Chine ne sont pas des descendants du chat du Bengale4, mais de son cousin F. silvestris lybica. Ce dernier a donc remplacé le chat du Bengale dans les villages chinois après la fin du Néolithique. Serait-il arrivé en Chine avec l'ouverture de la route de la soie, au moment où les Empires de Rome et des Han ont commencé à établir de liens ténus entre Orient et Occident ? C'est la prochaine question à résoudre.

Chat 1

© J.-D. Vigne, CNRS/MNHN

Vue latérale du crâne de chat domestique du site néolithique de Wuzhuangguoliang (Shaanxi ; 3200-2800 avant notre ère)


Chat 4

© J.-D. Vigne, CNRS/MNHN

Le crâne de chat domestique néolithique de Wuzhuangguoliang (Shaanxi ; 3200-2800 avant notre ère). Le support en papier journal facilite le calage des clichés photogrammétriques pour les reconstitutions en 3D.


Chat 3

© J.-D. Vigne, CNRS/MNHN

Mesure, à l'aide de grains de riz, de la capacité crânienne du crâne de chat néolithique de Wuzhuangguoliang (Shaanxi ; 3200-2800 avant notre ère).


Chat 2

© J.-D. Vigne, CNRS/MNHN

J.-D. Vigne mesurant, à l'aide de grains de riz, la capacité crânienne du chat néolithique de Wuzhuangguoliang (Shaanxi ; 3200-2800 avant notre ère), au laboratoire d'archéozoologie du Shaanxi Provincial Institute of Archaeology de Xi'an.


Télécharger le communiqué de presse (en format PDF): communiqué de presse


Notes :

1 Principalement de l'université d'Aberdeen, de l'Académie des sciences sociales de Chine et de l'Institut d'archéologie de la province de Shaanxi
2 Ces travaux ont notamment été soutenus par le Labex BCdiv.
3 La morphométrie géométrique est utilisée pour étudier et analyser la forme d'une structure (elle permet par exemple de comparer des crânes de différentes espèces aux morphologies très proches).
4 Le chat du Bengale a été de nouveau domestiqué durant les années 1960, et a donné naissance, par croisement avec des chats domestiques issus de l'espèce silvestris, à une race de chat, dite « du Bengale ».

Références :

Earliest “domestic” cats in China identified as Leopard cat (Prionailurus bengalensis). Vigne J.-D., Evin A., Cucchi T., Dai L., Yu C., Hu S., Soulages N., Wang W., Sun Z., Gao J., Dobney K., Yuan J. PLOS ONE. 22 janvier 2016.

Contacts :

Chercheur CNRS l Jean-Denis Vigne l T 01 40 79 33 10 l vigne@mnhn.fr
Presse CNRS l Priscilla Dacher l T 01 44 96 46 06 l priscilla.dacher@cnrs-dir.fr


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