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Paris, 17 mars 2015

Body ou turbulette ? Une question plus sérieuse qu'il n'y paraît

Des chercheurs du laboratoire Éthologie animale et humaine (CNRS/Université de Rennes 1), en collaboration avec un pédiatre néonatalogiste du CHRU de Brest, ont observé l'impact de l'habillement des prématurés sur leur comportement. Les bébés enveloppés d'une turbulette sont moins actifs, et touchent moins fréquemment d'autres parties de leur corps que les bébés vêtus d'un simple body. Les scientifiques supposent que les premiers pourraient être plus stressés pour deux raisons : leurs mouvements sont entravés, et de ce fait les gestes d'autocontact, réconfortants, sont chez eux plus rares. Cette étude est publiée le 17 mars 2015 dans la revue Scientific Reports.

Il est bien connu, en particulier grâce aux études sur les animaux, que les premières expériences de vie peuvent avoir un impact durable sur le développement émotionnel et social des individus. Ainsi, des chercheurs du laboratoire Éthologie animale et humaine ont montré que la contention et la manipulation des poulains, pratiquées dans certains élevages juste après la naissance, ont des effets comportementaux durables1. Chez les nouveau-nés humains, l'impact éventuel, immédiat ou à plus long terme, des pratiques de routine2 reste une question largement ouverte. Ceci est particulièrement vrai pour les enfants nés avant terme, dont l'expression comportementale peut être moins visible.

Dans une nouvelle étude réalisée en collaboration avec le service de médecine néonatale du CHRU de Brest, les chercheurs ont questionné l'impact de l'habillement sur le comportement de bébés nés avant terme. Les enfants prématurés (nés avant 38 semaines de grossesse) passent d'un incubateur fermé à un incubateur ouvert surmonté d'une rampe chauffante. Puis, lorsqu'ils commencent à pouvoir réguler leur température, la rampe est éteinte et ils sont alors vêtus d'un pyjama et d'un gilet, et recouverts d'une turbulette (ou gigoteuse – sorte de "sac de couchage" attaché aux épaules) à la place d'un simple body. Grâce à des enregistrements vidéo, les scientifiques ont étudié sur plusieurs heures (réparties sur 2 à 4 jours) le comportement de 18 nouveau-nés prématurés âgés de 34 à 37 semaines post-conception. Neuf d'entre eux, encore sous néon chauffant, étaient vêtus d'un body (permettant une liberté de mouvement), alors que l'autre moitié portait l'ensemble pyjama, gilet et turbulette.

Les bébés en body se sont révélés plus actifs que les bébés en pyjama-turbulette : leurs bras étaient plus souvent pliés et leurs mains plus souvent en contact avec leur environnement ou leur tête (seule partie du corps accessible). Les bébés en turbulette avaient plutôt les bras tendus et les mains closes, et ne touchaient rien. Lever les bras avec cet ensemble de vêtements semblait demander des efforts physiques trop importants à ces bébés pesant moins de 2 kg.

Or, l'autocontact est reconnu comme un moyen employé par le jeune enfant pour diminuer son niveau de stress. Chez les prématurés hospitalisés, sans contact tactile fréquent avec un parent, l'autocontact pourrait même être un mode de compensation crucial. Par ailleurs, voir ses mouvements entravés augmente le niveau de stress d'un individu, lui conférant un sentiment d'impuissance. En empêchant ce contact et en imposant une contrainte physique, l'ensemble pyjama-gilet-turbulette pourrait donc avoir un double impact en termes d'inconfort immédiat mais peut-être aussi de développement émotionnel et moteur. Pour tester cette hypothèse, l'équipe de chercheurs compte désormais explorer l'impact comportemental à plus long terme de la turbulette, sur un groupe plus large d'enfants prématurés. Cette étude souligne l'importance de porter davantage d'attention aux pratiques de routine, même paraissant anodines, dans la période périnatale.

dessin préma

© Vanessa André/EthoS.

Dessins des deux conditions vestimentaires.
A gauche : bébé vêtu d'un body et enveloppé dans un lange. A droite : bébé vêtu d'un pyjama, d'un gilet et d'une turbulette.




Image disponible à la photothèque du CNRS, phototheque@cnrs.fr.

Notes :

1 Dans certains élevages, les poulains sont dès leur naissance frottés vigoureusement et de manière prolongée sur l'ensemble du corps par un humain. L'objectif poursuivi est de créer chez eux une « imprégnation », afin qu'ils n'aient plus peur de l'humain. A travers plusieurs études, l'équipe de chercheurs du laboratoire EthoS a montré qu'il n'en est rien. En outre, cette manipulation s'avère stressante pour le poulain et a de nombreuses conséquences néfastes : elle induit une relation non sécurisée à la mère, augmente le stress lors du sevrage, rend plus difficile l'intégration dans un groupe de jeunes, et provoque une inhibition motrice lors de situations de stress. (Henry et al, 2009, PlosOne ; Durier et al, 2012, Frontiers in Psychology)

2 Cette expression désigne les "soins" habituels donnés au nouveau-né de manière systématique, comme par exemple la pesée, le bain, le changement de couchage ou le dépistage systématique de certaines maladies par prise de sang.

Références :

Unexpected behavioural consequences of preterm newborns' clothing, Virginie Durier, Séverine Henry, Emmanuelle Martin, Nicolas Dollion, Martine Hausberger, Jacques Sizun. Scientific Reports, 17 mars 2015. DOI : 10.1038/srep09177

Contacts :

Chercheuse CNRS | Virginie Durier | T 02 23 23 51 45 | virginie.durier@univ-rennes1.fr
Presse CNRS | Véronique Etienne | T 01 44 96 51 37 | veronique.etienne@cnrs-dir.fr


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