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Paris, 17 décembre 2013

L'homme de Néandertal inhumait bien déjà ses morts

Depuis la découverte de sépultures néandertaliennes sur le site de La Chapelle-aux-Saints, il y a plus d'un siècle, un débat autour des pratiques funéraires et notamment celle de l'inhumation chez les Néandertaliens faisait rage au sein de la communauté scientifique. De nouvelles fouilles archéologiques sur ce site d'Europe occidentale et un réexamen des restes humains découverts au début du XXème siècle prouvent l'existence d'une sépulture néandertalienne et permettent de mettre fin au débat. Ces résultats obtenus par une équipe de chercheurs du CNRS, de la société Archéosphère, de l'université de Bordeaux, avec des membres de l'Inrap et du ministère de la Culture et de la Communication soulignent le comportement foncièrement moderne de l'homme de Néandertal face à la mort. Ils sont publiés cette semaine sur le site de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS).

Depuis la découverte de l'Homme de la Chapelle-aux-Saints en 1908, l'existence de sépultures chez Neandertal a été interprétée comme la preuve de la modernité de son comportement et de l'étendue de ses capacités cognitives. Cependant, plusieurs travaux récents avaient remis en question certaines des inhumations identifiées, arguant que ces découvertes avaient été réalisées au début du XXème siècle avec des méthodes de fouilles inadaptées, ne permettant pas de soutenir de telles interprétations. D'un autre côté les travaux réalisés cette dernière décennie avaient soulevé l'hypothèse d'un comportement symbolique chez cet hominidé, notamment avec l'utilisation intensive de pigments ou la collecte de coquillages et de plumes décoratives. Dans ce contexte, il était essentiel de reconsidérer le comportement de l'homme de Néandertal face à la mort.

C'est ce qui explique qu'une équipe de chercheurs (1), menée par William Rendu, chercheur CNRS au sein du Center for international research in the humanities and social sciences (CNRS / New York University), Cédric Beauval, directeur de la société Archéosphère et Thierry Bismuth, du service régional de l'archéologie du Limousin, se soit intéressée à cette question. Les chercheurs ont donc mené de nouvelles fouilles archéologiques sur le site de La Chapelle-aux-Saints, alliées à un réexamen taphonomique (2) des restes humains découverts au début du XXème siècle.

Les travaux ont démontré que la cavité dans laquelle a été découvert le premier squelette néandertalien considéré comme témoignant d'une sépulture (appelée la bouffia Bonneval) faisait partie d'un complexe de sept grottes le long d'une même ligne de falaises. L'étude des différents niveaux archéologiques a permis de caractériser l'environnement dans lequel avaient évolué différents groupes néandertaliens et de proposer une première attribution chronologique de l'occupation de la falaise. De plus, la reprise des fouilles dans cette cavité a permis de retrouver la fosse dans laquelle le squelette avait été découvert et d'établir son origine anthropique. L'étude des restes osseux humains atteste également d'une protection rapide du cadavre alors que d'autres vestiges animaux semblent avoir été exposés assez longtemps à la surface du sol. Ces deux arguments, associés à l'existence de connexions anatomiques (3), confirment ainsi l'hypothèse d'une inhumation volontaire.

Par ailleurs, au cours de la fouille, les restes de trois nouveaux Néandertaliens, deux enfants et un second adulte, ont été identifiés, suggérant une occupation assez longue du site par des groupes familiaux. Ces travaux prouvent l'existence d'une sépulture néandertalienne et témoignent également de l'émergence d'une pensée symbolique complexe au sein des populations moustériennes (4) en Europe.


scan

© Archéosphère, Cédric Beauval. Cette image est disponible à la photothèque du CNRS, phototheque@cnrs-bellevue.fr

Scan de la fosse sépulcrale pour sa reconstitution virtuelle 3D.




vue

© Archéosphère, Cédric Beauval. Cette image est disponible à la photothèque du CNRS, phototheque@cnrs-bellevue.fr

Vue depuis le fond de la cavitée.




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© Archéosphère, Cédric Beauval. Cette image est disponible à la photothèque du CNRS, phototheque@cnrs-bellevue.fr

La fosse à la fin des fouilles à La Chapelle-aux-Saints




Notes :

(1) Les chercheurs sont rattachés à plusieurs laboratoires : De la Préhistoire à l'Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie (CNRS/Université de Bordeaux/ministère de la Culture et de la Communication/Inrap) ; Histoire naturelle de l'Homme préhistorique (CNRS/MNHN) ; Travaux et Recherches Archéologiques sur les Cultures, les Espaces et les Sociétés (TRACES) (CNRS/Université de Toulouse 2/ ministère de la Culture et de la Communication/EHESS/ Inrap) ; Identité et différenciation de l'espace, de l'environnement et des sociétés (IDEES) (CNRS/Université de Rouen/Unicaen/Université du Havre) ainsi qu'à l'université de Rouen et au Musée National de la Préhistoire.

(2) La taphonomie est la discipline de la paléontologie qui étudie tous les processus qui interviennent après la mort d'un organisme, jusqu'à sa fossilisation.

(3) préservation du contact au niveau des articulations entre les os.

(4) Le Moustérien est la principale manifestation culturelle du Paléolithique moyen en Eurasie (environ 300 000 à 30 000 avant le présent). Il est principalement l'œuvre de l'Homme de Néandertal, notamment en Europe. Il est marqué par la généralisation d'une méthode de débitage particulière mais aussi par les premières sépultures ainsi que les premiers indices de préoccupations esthétiques (utilisation d'ocre, collecte de fossiles, incisions géométriques sur des ossements, etc.).


Références :

Evidence supporting an intentional Neandertal burial at La Chapelle-aux-Saints, William Rendu, Cédric Beauval, Isabelle Crevecoeur, Priscilla Bayle, Antoine Balzeau, Thierry Bismuth, Laurence Bourguignon, Géraldine Delfour, Jean-Philippe Faivre, François Lacrampe-Cuyaubère, Carlotta Tavormina, Dominique Todisco, Alain Turq and Bruno Maureille, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 16 décembre 2013.

Contacts :

Chercheurs CNRS l William Rendu l T 06 51 98 33 08 ou T+1 646 415-3551 (USA) l wrendu@nyu.edu

Bruno Maureille l T 05 40 00 89 36 l b.maureille@pacea.u-bordeaux1.fr

Presse CNRS l Laetitia Louis l T 01 44 96 51 37 l laetitia.louis@cnrs-dir.fr


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