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Paris, 30 JANVIER 2013

Les hormones androgènes pourraient permettre de traiter la sclérose en plaques

La testostérone et ses dérivés pourraient constituer un traitement efficace contre les maladies de la myéline telles que la sclérose en plaques. C'est ce que montrent les travaux réalisés par des chercheurs du Laboratoire d'imagerie et de neurosciences cognitives1 (CNRS/Université de Strasbourg), en collaboration notamment avec l'unité « Neuroprotection et neurorégénération : molécules neuroactives de petite taille » (Inserm/Université Paris-Sud)2. La myéline compose les gaines qui protègent les fibres nerveuses et permettent d'augmenter la vitesse de l'influx nerveux. Un déficit dans la production de la myéline ou bien sa destruction conduit à de graves maladies pour lesquelles il n'existe actuellement aucun traitement curatif. Les chercheurs viennent de montrer, chez des souris dont les fibres nerveuses du cerveau ont été démyélinisées, que la testostérone et une molécule analogue de synthèse induisent la régénération des oligodendrocytes, les cellules responsables de la myélinisation et stimulent la remyélinisation. Ces travaux viennent d'être publiés dans la revue Brain.

La sclérose en plaques est une maladie dégénérative de la myéline qui s'accompagne d'une inflammation prononcée du système nerveux central. Touchant environ 80 000 personnes en France, elle se caractérise par des troubles de la motricité et de la vision et par des atteintes neurologiques comme des difficultés d'élocution. On savait déjà que la maladie présentait une composante hormonale. En effet, les femmes sont deux fois plus atteintes que les hommes, bien que le pronostic soit moins bon pour le sexe masculin. De plus, il a été observé que les femmes enceintes atteintes de sclérose en plaques se portent mieux durant leur grossesse, lorsque leurs taux d'hormones sont élevés. L'équipe dirigée par le Dr Said Ghandour avait déjà montré l'effet protecteur de la testostérone sur les oligodendrocytes (cellules responsables de la myélinisation).

Pour cette étude, les chercheurs ont tout d'abord induit une démyélinisation chronique des fibres nerveuses dans le cerveau de souris. Pour cela, ils ont intégré à leur nourriture de la cuprizone, une molécule qui séquestre le cuivre. Les souris ont alors présenté une démyélinisation chronique analogue à celle observée au cours de la phase progressive de la sclérose en plaques. Elles ont ensuite été traitées à la testostérone durant 6 à 9 semaines. Résultat : leurs fibres nerveuses ont été à nouveau myélinisées et leurs symptômes se sont remarquablement atténués. Les mêmes effets ont été obtenus en utilisant un analogue de synthèse de la testostérone, la 7-alpha-méthyl-19-nortestostérone (MENT).

Les chercheurs ont par la suite montré que ces androgènes entrainaient la transformation des cellules souches neurales en oligodendrocytes et favorisaient la synthèse de myéline par les oligodendrocytes, conduisant à la préservation de l'intégrité des fibres nerveuses. Ils ont ensuite répété l'expérience, mais cette fois-ci en utilisant deux souches de souris transgéniques : l'une comportait un récepteur des androgènes muté et l'autre un récepteur qui avait été invalidé sélectivement dans le système nerveux central. Sur ces souris insensibles aux androgènes, la testostérone n'a pas stimulé de remyélinisation des fibres nerveuses.

Ces résultats identifient le récepteur des androgènes comme une cible thérapeutique prometteuse pour le traitement de maladies comme la sclérose en plaques. Ils ouvrent la voie à l'utilisation des androgènes pour favoriser la régénération de la myéline. Des travaux complémentaires devraient par ailleurs s'intéresser à la possibilité d'utiliser les taux sanguins de testostérone comme biomarqueurs pour évaluer la progression des maladies démyélinisantes.

Cette étude a été notamment subventionnée par la Fondation ELA (European Leukodystrophy Association).
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© Laboratoire d'imagerie et de neurosciences cognitives (CNRS/Université de Strasbourg)

Figure 1 : Coupe histologique du cerveau de souris témoin. La myéline et les cellules myélinisantes (oligodendrocytes) ont été rendues fluorescentes à l'aide d'un gène codant pour une protéine de fluorescence verte (GFP) afin de faciliter l'identification et le suivi de la destruction de la myéline et sa réparation.


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© Laboratoire d'imagerie et de neurosciences cognitives (CNRS/Université de Strasbourg)

Figure 2 : Coupe histologique d'un cerveau de souris affectée par une démyélinisation chronique. L'intensité de la fluorescence verte est grandement diminuée. Cette diminution de la fluorescence est attribuée à la destruction de la myéline et à la mort cellulaire d'un grand nombre d'oligodendrocytes.


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© Laboratoire d'imagerie et de neurosciences cognitives (CNRS/Université de Strasbourg)

Figure 3 : Coupe histologique d'un cerveau de souris traitée par la testostérone pendant 6 semaines après une démyélinisation sévère comme celle observée dans la figure 2. Une récupération importante des oligodendrocytes et de la myéline est observée suite à ce traitement hormonal.




Notes :

1 Plus précisément l'équipe de Biopathologie et imagerie de la myéline au sein de ce laboratoire.
2 D'autres laboratoires français ont participé à ces travaux de manière moindre, notamment l'unité « Physiopathologie et psychopathologie cognitive de la schizophrénie » (Inserm/Université de Strasbourg), l'unité « Cellules souches et radiations » (Inserm/CEA/Universités Paris-Diderot et Paris-Sud), et l'unité « Physiopathologie des maladies du système nerveux central » (CNRS/UPMC/Inserm).

Références :

The neural androgen receptor: a therapeutic target for myelin repair in chronic demyelination. Rashad Hussain, Abdel M. Ghoumari, Bartosz Bielecki, Jérôme Steibel, Nelly Boehm, Philippe Liere, Wendy B. Macklin, Narender Kumar, René Habert, Sakina Mhaouty-Kodja, François Tronche, Regine Sitruk-Ware, Michael Schumacher and M. Said Ghandour. Brain, Janvier 2013. Volume 136(1): pages 132-146 (doi:10.1093/brain/aws284).

Contacts :

Chercheur CNRS l Said Ghandour l T 03 68 85 30 87 l ghandour@unistra.fr
Presse CNRS l Priscilla Dacher l T 01 44 96 46 06 l priscilla.dacher@cnrs-dir.fr


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