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Paris, 10 octobre 2012

« Redécouverte » du loup africain Canis lupus lupaster : une répartition africaine de plus de 6 000 km

En 2008, un canidé coexistant avec le chacal doré et présentant des caractéristiques morphologiques et comportementales très différentes de ce dernier a été repéré et photographié au Sénégal. Cette découverte a suscité de nombreuses réactions et requêtes de la part de la communauté scientifique désireuse de lever certaines interrogations concernant l'identification, la répartition et le statut de conservation de ce taxon parmi les canidés africains. Dans ce but, une étude a été menée par une équipe de chercheurs, dont les résultats viennent de faire l'objet d'une publication dans la revue PLOS ONE. Ils montrent qu'un canidé cryptique (1), le loup africain (Canis lupus lupaster), est présent en Afrique, de l'Ethiopie jusqu'au Sénégal.

Cette année, une étude a été menée par Philippe Gaubert, chargé de recherche au sein du laboratoire Biologie des Organismes et Ecosystèmes Aquatiques (BOREA, Muséum national d'Histoire naturelle/CNRS/IRD/UPMC), en partenariat avec l'association SYLVATROP (2), afin de confirmer la possible existence du loup en Afrique, de délimiter sa répartition actuelle, ainsi que ses caractéristiques génétiques et démographiques. Pour ce faire, des échantillons de canidés ont été récoltés en Afrique du Nord et de l'Ouest, et une partie de leur ADN mitochondrial (maternellement hérité) a été séquencée. Cette étude devait également permettre de déterminer les délimitations taxonomiques entre le loup africain et le chacal doré Canis aureus, ce dernier ayant été considéré comme le remplaçant écologique du loup en Afrique.

Grâce à cette étude, une nouvelle lignée mitochondriale de loups gris, correspondant à la sous-espèce Canis lupus lupaster (loup africain), a été délimitée (3). Des procédures de classification taxonomique basées sur les séquences d'ADN mitochondrial ont permis d'identifier les canidés échantillonnés en Algérie, au Mali et au Sénégal comme étant des loups africains, ce qui étend l'aire de répartition de la sous-espèce à une large bande de 6000 km allant de l'Éthiopie au Sénégal. Les analyses génétiques ont également montré que le loup africain est une lignée relativement ancienne car présentant le niveau le plus élevé de diversité génétique au sein de l'espèce C. lupus et dont l'âge géologique est similaire à celui des loups holarctiques (Pléistocène). Les résultats obtenus suggèrent donc que le loup africain représente une lignée endémique à l'Afrique dont les effectifs sont probablement restés stables au cours du temps, tout-au-moins jusqu'à la période actuelle.

Des observations de terrain inédites, menées au Sénégal, ont permis aux chercheurs de dresser un premier diagnostic  morphologique et comportemental du loup africain. Des éléments, tels qu'une tête plus large et une queue plus courte, ainsi qu'un collier blanc plus développé et un comportement solitaire, le distinguent clairement du canidé sympatrique4 qu'est le chacal doré. Cependant, les limites taxonomiques entre le loup africain et le chacal doré restent encore à clarifier, les résultats des analyses génétiques suggérant des événements d'hybridation entre C. I. lupaster et C. aureus au Sénégal.

Eu égard aux actes de destruction (tirs, piégeages,  empoisonnements) auxquels sont sujets les canidés sur le continent africain, il apparaît urgent de caractériser le statut de conservation des populations de la lignée africaine du loup gris (C. l. lupaster), et de redéfinir les délimitations taxonomiques du chacal doré. Actuellement, des travaux menés par la même équipe de recherche sont en cours en Afrique de l'Ouest afin de caractériser plus finement les interactions entre ces deux canidés.

Loup 1

© MNHN

Phénotype caractéristique du loup africain Canis lupus lupaster.





Loup 2

© MNHN

Phénotype caractéristique du chacal doré africain Canis aureus.




Notes :

(1) Espèce cryptique : espèce dont la morphologie est similaire à une autre espèce.
(2) SYLVATROP est une association française vouée à la protection et la gestion durable et participative de la biodiversité des milieux
tropicaux, basée à Nantes.
(3) Les loups gris étaient jusqu'à présent divisés en trois lignées mitochondriales : C. l. lupus / familiaris (loup holarctique / chien
domestique), C. l. pallipes (loup indien) et C. l. chanco (loup du Tibet). C. l. lupaster (loup africain) en est la quatrième.

Références :

Philippe Gaubert, Cécile Bloch, Slim Benyacoub, Adnan Abdelhamid, Paolo Pagani, Chabi Adéyèmi Marc
Sylvestre Djagoun, Arnaud Couloux, Sylvain Dufour. Reviving the African Wolf Canis lupus lupaster in North
and West Africa: A Mitochondrial Lineage Ranging More than 6,000 km Wide. PLoS ONE 7(8): e42740, Août
2012.

Contacts :

Muséum national d'Histoire naturelle
Flore Goldhaber - 01 40 79 81 36
presse@mnhn.fr

CNRS
Muriel Ilous - 01 44 96 43 09
muriel.ilous@cnrs-dir.fr


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