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Paris, 14 septembre 2012

Les rayons X perçent un nouveau mystère sur l'altération d'une oeuvre de van Gogh

Pourquoi des parties du tableau de van Gogh « Fleurs dans un vase bleu » peint en 1887 ont-elles changé de couleur au cours du temps ? C'est ce que viennent de comprendre des scientifiques du CNRS, de l'ESRF (European Synchrotron Radiation Facility), des Universités d'Antwerp (Belgique), TU Delft (Pays-Bas), du Musée Kröller-Müller d'Otterlo (Pays-Bas) et de DESY (Deutsches El ektronen SYnchrotron) à Hambourg (Allemagne). Le processus de dégradation, à l'interface entre peinture et vernis, inconnu jusqu'à maintenant a pu être identifié grâce à des techniques sophistiquées utilisant notamment des rayons X. C'est un vernis en principe protecteur, appliqué après la mort du peintre qui a transformé le jaune éclatant des fleurs en gris orangé. Ces résultats sont publiés sur le site de la revue Analytical Chemistry.

C'est dans la première moitié du 20e siècle que ce tableau « Fleurs dans un vase bleu », acquis par le Musée Kröller-Müller d'Otterlo (Pays-Bas), a été recouvert d'un vernis en principe protecteur, comme beaucoup d'autres tableaux de van Gogh qui n'avait pas l'habitude de vernir ses tableaux. Un traitement de conservation en 2009 a révélé la présence d'une croûte gris opaque, très inhabituelle, sur les parties du tableau peintes avec du jaune cadmium.

Le jaune cadmium (sulfure de cadmium, CdS) utilisé par van Gogh était un pigment relativement nouveau, dont on sait aujourd'hui qu'il s'oxyde en sulfate de cadmium (CdSO4) avec l'air, perdant ainsi couleur et luminosité. Mais les pigments de ce tableau étaient anormalement couverts d'une croûte sombre craquelée au lieu de la couche d'oxydation transparente attendue.

Pour identifier le processus de dégradation, le musée a prélevé sur l'œuvre originale deux échantillons de peinture microscopiques (chacun ne faisant qu'une fraction de millimètre). Les scientifiques les ont étudiés à l'aide des faisceaux de rayons X et infrarouges très intenses de l'ESRF et de DESY, ce qui a permis d'analyser leur composition chimique et leur structure interne à l'interface de la peinture et du vernis. A leur grande surprise, ils n'ont pas trouvé les composés de sulfate de cadmium cristallisés qui auraient dû se former au cours du processus d'oxydation. Mais de l'anglésite (PbSO4), un composé opaque qui a été retrouvé presque partout dans le vernis, formé par la réaction des anions de type sulfate au contact des ions de plomb provenant probablement d'un siccatif rajouté au vernis. A l'interface entre celui-ci et la peinture, les ions de cadmium (provenant du pigment jaune cadmium) se sont associés avec des produits de dégradation du vernis lui-même pour former une couche d'oxalate de cadmium. C'est l'oxalate de cadmium (CdC2O4) avec l'anglésite qui contribue à la croûte opaque, gris orangé, qui défigure certaines parties du tableau à l'échelle macroscopique.

Ces travaux permettent de mieux comprendre l'effet que certains vernis appliqués a posteriori peuvent avoir sur des pigments du tableau et son aspect actuel. Beaucoup de tableaux de van Gogh de la période française ont été vernis dans le passé de façon inappropriée et la suppression de ces couches de vernis non-originaux pose problème car enlever du vernis ou une couche superficielle n'est pas sans conséquence sur la matière d'origine du tableau. Ces travaux permettront d'aider les conservateurs dans leurs choix concernant des traitements de nettoyage aussi complexes. Les scientifiques vont maintenant  travailler sur l'effet des conditions de conservation à l'intérieur du musée ainsi que sur celui de la pollution de l'air sur le jaune cadmium et les autres pigments contenant des sulfures utilisés par les peintres et qui affectent la durabilité des tableaux.

schéma

© K. Janssens/University of Antwerp. Cette image est disponible à la photothèque du CNRS, phototheque@cnrs-bellevue.fr

Illustration légendée indiquant la provenance des micro-échantillons prélevés sur le tableau et montrant une image en microscopie optique de ces échantillons. La partie supérieure correspond à la zone étudiée et les quatre graphiques révèlent la concentration des quatre composants principaux qu'elle contient.



 

tableau

© Kröller-Müller Museum. Cette image est disponible à la photothèque du CNRS, phototheque@cnrs-bellevue.fr

Photographie du tableau "Fleurs dans un vase bleu" peint par Vincent van Gogh en 1887. La partie décolorée se situe en haut à droite. La version annotée indique le lieu de provenance des échantillons.



Références :

Combined use of synchrotron radiation-based μ-XRF, μ-XRD, μ-XANES and μ-FTIR reveals an alternative degradation pathway of the pigment cadmium yellow (CdS) in a painting by Van Gogh. Geert Van der Snickt, Koen H. Janssens, Joris Dik, Wout De Nolf, Frederik Vanmeert, Jacub Jaroszewicz, Marine Cotte, Gerald Falkenberg, and Luuk Van der Loeff Anal. Chem., Just Accepted Manuscript • DOI: 10.1021/ac3015627 • Publication Date (Web): 30 Aug 2012. Downloaded from Consulter le site web on August 31, 2012

Contacts :

Chercheur CNRS à l'ESRF l Marine Cotte l T 04 76 88 21 27 l cotte@esrf.fr

Presse CNRS l Laetitia Louis l T 01 44 96 51 37 l laetitia.louis@cnrs-dir.fr

Presse ESRF l Claus Habfast l T 04 76 88 21 28/06 66 66 23 84 l claus.habfast@esrf.fr


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