
Paris, 18 juillet 2012
Jusqu'à présent, les deux visions « noyau-molécule » et « noyau-liquide » co-existaient. Aujourd'hui, une équipe de l'Institut de physique nucléaire d'Orsay (Université Paris-Sud/CNRS) et du CEA, en collaboration avec des chercheurs de l'Université de Zagreb, livre une vision unifiée de ces deux aspects. En résolvant des équations de physique quantique à l'échelle du noyau (et notamment l'équation de Schrödinger), les chercheurs ont démontré que, si un noyau léger peut présenter un comportement de type moléculaire (qui tend vers l'état cristallin), il adopte, lorsqu'il s'alourdit, un comportement de type liquide. Pour établir cette nouvelle théorie, les physiciens se sont inspirés des étoiles à neutrons(1). Plus on s'enfonce à l'intérieur de ces étoiles, plus on passe d'un milieu cristallin à un milieu liquide. Grâce à cette analogie, les physiciens ont identifié un mécanisme de transition de l'état liquide vers l'état cristallin du noyau. Lorsque les interactions entre neutrons et protons ne sont pas assez fortes pour les fixer au sein du noyau, celui-ci est alors dans un état de type liquide quantique où neutrons et protons sont délocalisés. À l'inverse, dans un état cristallin, neutrons et protons seraient fixés à intervalles réguliers dans le noyau. La molécule nucléaire est interprétée comme un état intermédiaire entre le liquide quantique et le cristal. À long terme, il s'agit de comprendre de manière unifiée les différents états du noyau.

© Luc Petizon, IPN Orsay
Vue d'artiste montrant les états moléculaires du noyau dans un liquide.

© Jean-Paul Ebran/CEA
Densité de probabilité de présence des neutrons et protons prédite pour le noyau néon-20. On voit qu'elle n'est pas homogène: les neutrons et les protons se répartissent par paquets.
(1) Le cœur d'une étoile massive qui s'effondre durant une explosion en supernova acquiert une densité si importante que protons et électrons peuvent se combiner pour former des neutrons. L'astre qui se forme devient ainsi une sorte de noyau atomique géant composé majoritairement de neutrons, d'où le nom de cette étoile.
(2) Comme l'oxygène-16 (16O) qui contient 8 neutrons et 8 protons.
(3) Ainsi, l'état de Hoyle du carbone-12, crucial pour la nucléosynthèse, est décrit comme une molécule nucléaire composée de trois particules alphas ; une particule alpha est un agrégat de deux neutrons et de deux protons.
“How atomic nuclei cluster”, J.-P. Ebran, Elias Khan, T Nikšić et D. Vretenar, Nature, 19 juillet 2012
Chercheurs :
Elias Khan l T. 01 69 15 71 73 l khan@ipno.in2p3.fr
Jean-Paul Ebran l T. 01 69 26 67 54 l jean-paul.ebran@cea.fr
Presse CNRS l Elsa Champion l T. 01 44 96 43 90 l elsa.champion@cnrs-dir.fr
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