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Paris, 24 janvier 2007

Comment les tortues marines reviennent pondre sur la même plage

Les tortues marines reviennent pratiquement toujours pondre sur la même plage. Les sites de ponte étant souvent très distants des sites d'alimentation, elles parcourent plusieurs centaines de kilomètres, au milieu des océans, sans aucun repère visuel. Comment font-elles pour revenir pondre au même endroit ? Une étude pilotée par Simon Benhamou du Centre d'Écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier(1) et associant différents organismes (CNRS, IRD, IFREMER, CEDTM(2), Université de Pise), montre que les tortues marines utilisent un système de navigation relativement simple, impliquant le champ magnétique terrestre, qui leur permet de revenir à leur site de ponte même sans avoir la capacité de compenser la dérive due aux courants océaniques. Ces travaux, publiés dans Current Biology et dans Marine Ecology Progress Series, devraient permettre d'améliorer les plans de conservation de ces espèces menacées.

Tous les 4 ans en moyenne, les tortues vertes (Chelonia mydas) de l'Océan indien parcourent des centaines de kilomètres pour se rendre sur des lieux de ponte spécifiques où elles réalisent 4 à 6 pontes successives. Afin de mieux comprendre les processus de navigation et les canaux sensoriels impliqués dans cette navigation océanique à grande échelle, les chercheurs ont réalisé une étude pluridisciplinaire associant biologie et océanographie physique basée sur deux séries d'expériences. Dans le canal du Mozambique, entre la côte Est africaine et Madagascar, sur les plages des îles françaises Europa et Mayotte, ils ont capturé des tortues au tout début de leur cycle de ponte, afin qu'elles soient vraiment motivées pour revenir sur les lieux terminer leur cycle. Ils les ont relâchées en pleine mer, à quelques centaines de kilomètres du lieu de ponte, après avoir fixé une balise Argos sur leur carapace pour enregistrer par satellite leur déplacement de retour vers la plage.

La première expérience visait à analyser le système de navigation des tortues marines et à comprendre comment elles ressentent les courants océaniques : les subissent-elles ou sont-elles capables de les utiliser pour optimiser leurs déplacements ? L'étude a montré que le système de navigation des tortues marines leur permet, quel que soit l'endroit où elles se trouvent, de conserver le cap de leur site de ponte. Un peu comme si elles étaient dotées d'une boussole constamment pointée vers la plage en question. Elles peuvent donc corriger les déplacements qu'elles subissent : transport en bateau, courants marins... Mais elles sont incapables de compenser la dérive des courants océaniques en adoptant un cap biaisé, comme le font les navigateurs humains. Les déplacements enregistrés par satellite représentent ainsi la somme de l'action, volontaire, des tortues et de celle, subie, des courants. Le système de navigation de ces tortues serait donc relativement simple et pourrait les conduire à errer longtemps en mer lorsque les conditions océanographiques leur sont défavorables. Une tortue relâchée à 250 km de son site de ponte sur Europa a ainsi « tourné » pendant deux mois sur plus de 3 500 km avant d'y revenir !

Dans la deuxième expérience, les chercheurs ont analysé l'influence du champ magnétique terrestre sur le système de navigation des tortues. Ils ont prouvé pour la première fois in natura que les tortues marines se servent du champ magnétique émis par la Terre pour s'orienter. En effet, quand ils perturbent ce champ en plaçant un aimant très puissant sur leur tête, leur performance de navigation est diminuée. Mais le fait qu'elles puissent quand même revenir sur leur site de ponte d'origine montre que le champ géomagnétique n'est pas la seule source d'information qu'elles exploitent. Les chercheurs pensent qu'elles pourraient aussi utiliser leur odorat comme certains oiseaux marins ou les pigeons voyageurs. Cette hypothèse reste à confirmer…

Ces travaux devraient permettre d'améliorer les plans de conservation des tortues marines, aujourd'hui espèces menacées et officiellement protégées, en comprenant mieux comment elles font ces longues migrations entre leurs sites de ponte et d'alimentation.

Tortue marine

© Robin Rolland (Cette image est disponible auprès de la photothèque du CNRS, 01 45 07 57 90, phototheque@cnrs-bellevue.fr)

Capturée sur une plage à plusieurs centaines de kilomètres de là, la tortue est remise à l'eau. Sur sa tête : une petite boule contenant un aimant. Sur sa carapace : une balise Argos



Notes :

1) Centre d'Écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS – Universités Montpellier 1, 2, 3 – CIRAD – ENSA Montpellier – Ecole Pratique des Hautes études Paris)
2) CEDTM : Centre d'Etude et de Découverte des Tortues Marines, devenu depuis : Kelonia, l'observatoire des tortues marines. Il est basé à La Réunion

Références :

Luschi P., Benhamou S., Girard C., Ciccione S., Roos D., Sudre J. & Benvenuti S. 2007. Marine turtles use geomagnetic cues during open-sea homing. Current Biology 17. 23 janvier 2007.

Girard C., Sudre J., Benhamou S., Roos D. & Luschi P. 2006. Homing in green turtles Chelonia mydas: oceanic currents act as a constraint rather than as an information source. Marine Ecology Progress series, 322, 281-289. Septembre 2006

Contacts :

Chercheur
Simon Benhamou
T 04 67 61 32 03
simon.benhamou@cefe.cnrs.fr

Presse
Laetitia Louis
T 01 44 96 51 37
laetitia.louis@cnrs-dir.fr


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