
Paris, 30 avril 2012
Les troubles du spectre autistique (TSA) regroupent un ensemble hétérogène de maladies du développement neurologique dont les origines génétiques sont mal connues. Des mutations dans plus d'une centaine de gènes ont déjà été associées aux TSA, mais il est difficile d'évaluer leurs rôles précis dans les fonctions neurales et de hiérarchiser leur importance relative. Les analyses génétiques menées au sein de l'unité de Génétique humaine et fonctions cognitives (Institut Pasteur/CNRS/Université Paris Diderot) ont permis de mettre en évidence des mutations dans des gènes codants des protéines localisées au niveau des synapses, les points de contact et de communication entre les neurones. Un de ces gènes, SHANK2, a été associé récemment à l'autisme et a permis de confirmer le rôle des anomalies synaptiques dans l'autisme1.
Les nouveaux résultats publiés le 29 avril 2012 dans la revue Nature montrent l'effet de la perte de ce gène SHANK2 chez la souris. Les chercheurs du groupe de Tobias Boeckers (Ulm, Allemagne) ont montré que les souris mutées dans le gène SHANK2 avaient moins de synapses que les souris non mutées. L'analyse comparée de plusieurs régions du cerveau a montré que l'impact de la mutation différait selon les régions du cerveau (impact fort dans le striatum, modéré dans l'hippocampe et faible dans le cortex). D'autre part, le groupe de Michael R. Kreutz (Berlin, Allemagne) a montré que les courants synaptiques sont aussi différents.
Enfin, le comportement de la souris a été étudié par le Dr Elodie Ey dans l'équipe du Pr Thomas Bourgeron, chef de l'unité de Génétique humaine et fonctions cognitives (Institut Pasteur/CNRS/Université Paris Diderot). Les souris ne montrent pas de problèmes physiques majeurs ni de problèmes de mémoire. Par contre, elles sont hyperactives et plus anxieuses par rapport aux souris non mutées. De façon intéressante, les souris présentent aussi des problèmes d'interactions sociales ainsi qu'une baisse du nombre et une altération de la structure des vocalisations ultrasonores. Le rôle de ces vocalisations ultrasoniques n'est pas encore bien compris mais le fait qu'elles soient quantitativement et qualitativement différentes chez les souris mutantes ouvre de nouvelles voies pour l'étude plus approfondie des mécanismes sous-jacents à la communication vocale.
"L'établissement de modèles animaux est crucial pour comprendre les origines multiples de l'autisme" explique le Pr Thomas Bourgeron, chef de l'unité de Génétique humaine et fonctions cognitives. (Institut Pasteur/CNRS/Université Paris Diderot). "Nous espérons qu'ils permettront d'identifier de nouveaux traitements basés sur les connaissances acquises".
Cette étude a été financée grâce au concours de Baustein, la Fondation de France, l'Agence Nationale de la Recherche (ANR), Deutsche Forschungsgemeinschaft, Bundesministerium für Bildung und Forschung, Einstein Foundation, Neuron-ERANET, la Fondation Orange et la Fondation FondaMental.
1- Communiqué de presse du 9 février 2012 "De nouveaux résultats soulignent l'importance des gènes synaptiques dans l'autisme". Consulter le site web
Autistic-like behaviours and hyperactivity in mice lacking ProSAP1/Shank2, Michael J. Schmeisser, Elodie Ey, Stephanie Wegener, Juergen Bockmann, A. Vanessa Stempel, Angelika Kuebler, Anna-Lena Janssen, Patrick T. Udvardi, Ehab Shiban, Christina Spilker, Detlef Balschun, Boris V. Skryabin, Susanne tom Dieck, Karl-Heinz Smalla, Dirk Montag, Claire S. Leblond, Philippe Faure, Nicolas Torquet, Anne-Marie Le Sourd, Roberto Toro, Andreas M. Grabrucker, Sarah A. Shoichet, Dietmar Schmitz, Michael R. Kreutz, Thomas Bourgeron, Eckart D. Gundelfinger et Tobias M. Boeckers. Nature, 29 avril 2012.
Presse Institut Pasteur l Nadine Peyrolo l T 01 45 68 81 47 l presse@pasteur.fr
Presse CNRS l T 01 44 96 51 51 l presse@cnrs-dir.fr
Derniers communiqués
Toutes disciplines confondues