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Paris, 17 avril 2012

Regards croisés sur l'avenir des forêts françaises face au changement climatique

Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Université Paris-Sud, de l'INRA, du CNRS, du CEA, d'AgroParisTech et de l'Université Joseph Fourier de Grenoble a permis d'évaluer, à partir de huit modèles de dernière génération, la réponse des forêts au changement climatique, et de souligner les incertitudes associées. L'objectif de l'analyse était de comparer les sorties de différent types de modèles écologiques et de les combiner afin d'avoir des scenarii plus fiables. L'étude a porté sur une sélection de cinq essences forestières dominantes en France. En général, les auteurs montrent que les arbres des plaines de l'ouest, du sud-ouest et du centre de la France seront les plus fortement touchés d'ici 2050. Le changement climatique compromettra l'avenir de certaines essences d'arbre en plaine, comme le pin sylvestre. Ces résultats viennent d'être publiés dans la revue "Ecology Letters".

Le changement climatique n'est pas sans effet positif sur les arbres. La croissance de certaines essences, comme le hêtre, pourrait être stimulée dans le nord, l'est et en montagne. Plus généralement, les modèles prévoient que toutes les espèces d'arbres étudiées progresseront en altitude, et que le chêne vert trouvera des climats favorables bien au nord de la région Méditerranéenne d'ici 2050.

L'utilisation d'une grande gamme de modèles, allant de modèles statistiques à des modèles complexes de croissance des arbres, a permis d'identifer des incertitudes dans les prévisions. Ainsi, il est difficile de prédire l'impact du changement climatique sans une meilleure connaissance des effets directs de l'augmentation de la teneur en CO2 atmosphérique sur la végétation. Par exemple, les fortes teneurs en CO2 peuvent protéger les arbres contre la sécheresse.

En dépit de ces incertitudes, la plupart des modèles prévoient un recul des espèces de climat tempéré en plaine. Cela concerne plus précisément les essences telles que le hêtre ou le chêne sessile dans les plaines de l'ouest, du sud-ouest et du centre. Ces résultats sont en accord avec d'autres projets de recherche comme « Dryade »1 qui ont montré que les sécheresses extrêmes ou à répétition, comme celles prévues à l'avenir, ont déjà augmenté la vulnérabilité et la mortalité des arbres.

Les résultats de ces travaux accomplis au sein du projet QDIV, soutenus par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) et le GIS "Climat, Environnement, Société"2  ouvrent de nouvelles perspectives dans la recherche sur les effets du changement climatique sur la végétation. En effet, ils montrent le besoin de combiner plusieurs modèles écologiques de distribution d'espèce, comme le font les climatologues sur les modèles de climat, afin de comprendre leurs incertitudes, mais aussi leurs qualités.

Que faire face à de tels scénarii ? Avec cette nouvelle étude, les scientifiques apportent des informations aux gestionnaires des forêts leur permettant d'anticiper les évolutions à venir. Ces derniers se préparent déjà au changement climatique, en mettant en place différentes stratégies. Certaines consistent à favoriser les espèces plus résistantes à la chaleur et à la sécheresse aux dépens d'espèces plus vulnérables comme le pin sylvestre. Dans d'autres cas, la meilleure stratégie consiste à améliorer la résilience des forêts — par exemple en renforçant la diversité spécifique et génétique, ou en atténuant la sécheresse par une sylviculture plus économe en eau — pour faire face à un avenir incertain.
Carte-Pin

© DR

Modifications des aires de répartition prévues pour le pin sylvestre d'ici 2055 dues au changement climatique. En rouge sur la carte, les régions bioclimatiques avec une perte quasi totale de climat favorable ; en marron clair, une perte modérée ; en vert clair, une faible perte ; en beige, l'absence actuelle de pin sylvestre. Les pourcentages de perte pour chaque région indiquent la moyenne des cinq modèles. Les prévisions de perte par les modèles pris individuellement sont indiquées en médaillon pour chaque région.




Notes :

1 Un projet de recherche soutenu par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR)
2 Ses membres fondateurs sont le CNRS, le CEA, l'UVSQ, l'UPMC, l'Ecole Polytechnique et l'ADEME.

Références :

Climate change impacts on tree ranges: model intercomparison facilitates understanding and quantification of uncertainty, Alissar Cheaib, Vincent Badeau, Julien Boe, Isabelle Chuine, Christine Delire, Eric Dufrêne, Christophe François, Emmanuel S. Gritti, Myriam Legay, Christian Pagé, Wilfried Thuiller, Nicolas Viovy and Paul Leadley, Ecology Letters, 12 mars 2012. DOI: 10.1111/j.1461-0248.2012.01764.x

Contacts :

Chercheurs l Paul Leadley l T 01 69 15 72 22 - 06 62 37 14 96 l paul.leadley@u-psud.fr
Vincent Badeau l T 03 83 39 41 29 l badeau@nancy.inra.fr
Isabelle Chuine l T 04 67 61 32 79 l isabelle.chuine@cefe.cnrs.fr
Wilfried Thuiller l T 04 76 51 44 97 l wilfried.thuiller@ujf-grenoble.fr

Presse CNRS l Priscilla Dacher l T 01 44 96 46 06 l priscilla.dacher@cnrs-dir.fr
Presse Université Paris-Sud l Cécile Pérol l T 01 69 15 41 99 - 06 58 24 68 44 l cecile.perol@u-psud.fr


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