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Paris, 12 avril 2012

Les babouins forts en lecture

L'apprentissage de la lecture ne serait pas seulement lié à la parole mais aussi à notre capacité à reconnaître et mémoriser les régularités entre les lettres des mots. C'est ce que révèle une étude menée chez des babouins par des chercheurs du laboratoire de psychologie cognitive (CNRS/Aix-Marseille Université). Publiés dans Science le 13 avril 2012, leurs résultats montrent que les singes perçoivent des combinaisons justes de lettres dans les mots et en détectent les anomalies ; une capacité très certainement préexistante à l'avènement du langage parlé.

Comment faisons-nous pour apprendre qu'un mot est correctement orthographié ? Par quels mécanismes sommes-nous capable de reconnaître, en quelques centaines de millisecondes seulement, qu'ANIMAL est un mot tandis qu'AZIMAL n'en est pas un ? On a longtemps pensé que cette capacité dérivait du langage parlé car l'enfant apprend l'orthographe à l'école sur la base du langage oral qu'il maîtrise déjà. Par exemple, B et A font le son /BA/, D et A font /DA/.... Nos connaissances orthographiques seraient ainsi intimement liées à la parole.

Cependant, une équipe de chercheurs du laboratoire de psychologie cognitive (CNRS / Aix-Marseille Université) à Marseille vient de remettre en question cette interprétation grâce à une étude menée chez des babouins. Leur expérience a consisté à présenter sur un écran tactile des mots de quatre lettres (un mot à la fois) à des singes. Ces derniers devaient appuyer sur une forme ovale si le mot était correctement orthographié ou sur une croix dans le cas contraire. Ils recevaient une récompense - un grain de céréale - après chaque bonne réponse. En quelques jours seulement (et quelques milliers d'essais), les babouins ont appris à distinguer des mots anglais (BANK) de « pseudo-mots » (JANK) pourtant très similaires. Mieux encore, après avoir mémorisé l'orthographe de plusieurs dizaines de mots, les babouins se sont mis à répondre correctement dès la première présentation de mots qu'ils n'avaient jamais vus auparavant. Ils n'ont donc pas appris par cœur la forme globale des mots, bien qu'ils en aient certainement la capacité. Selon les chercheurs, les singes sont capables de détecter et mémoriser des régularités dans l'organisation des mots : ils apprennent les combinaisons de lettres qui apparaissent fréquemment dans les mots anglais et détectent les anomalies, c'est-à-dire les lettres qui ne sont pas à la bonne place.

Rapportés à notre espèce, ces résultats suggèrent que la lecture se base  - au moins en partie – sur notre capacité à percevoir et mémoriser les régularités entre les éléments (les lettres) qui composent un objet (le mot écrit). Cette capacité, qui n'est ni spécifiquement humaine, ni spécifiquement linguistique, préexiste très certainement à l'avènement du langage parlé dans la lignée humaine.

=> Voir la vidéo - en anglais - sur ces travaux :
http://video.sciencemag.org/VideoLab/1556965049001/1


Références :

Orthographic processing in baboons (Papio papio). Grainger, J., Dufau, S., Montant, M., Ziegler, J.C. & Fagot, J., Science, 13 avril 2012

Contacts :

Chercheurs CNRS :
Jonathan Grainger l T. 04 13 55 09 99 l i.jonathan.grainger@gmail.com
Johannes Ziegler l T. 04 13 55 09 97 l
johannes.ziegler@univ-amu.fr

Presse CNRS l Elsa Champion l T. 01 44 96 43 90 l elsa.champion@cnrs-dir.fr


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